C’est reparti pour une des plus ancestrales – et contestées – célébrations du machismo dans le monde. La fête que dédie la ville espagnole de Pampelune à San Fermin, avec sa célébrissime course de taureaux, recommence mercredi.

Encore cette année, des gens venus d’aussi loin que la Russie, le Royaume-Uni ou l’Australie dévaleront les kilomètres qui les séparent de Pampelune pour avoir l’inestimable opportunité de se faire encorner entre deux borracheras – beuveries – de sangria. Encore cette année, 54 taureaux perdront aussi la vie dans l’arène. Du moment où ces bêtes posent le pied là-dedans, leur sort est scellé: même victorieux, ils sortiront de cette galère les pieds devant, traînés par le «tracteur» de l’événement, une sorte de Zamboni employée pour tirer les cadavres des animaux afin de faire place aux prochains.

À la veille de l’événement, des militants proches de groupes favorables au respect des animaux ont tenté de sensibiliser leurs contemporains au fait que cette discipline est indigne, archaïque et cruelle. Ces défenseurs des animaux se sont rassemblés au centre de Pampelune armés de 135 L de faux sang, dont ils se sont joyeusement enduits pour représenter ce que la corrida de Pampelune est vraiment: un bain de sang où les taureaux sont presque toujours les malheureuses victimes.

Mais certaines personnes tiennent à cet événement. «La fête date du Moyen-Âge! C’est une question de tradition», expliquent certains; «c’est le phare de la San Fermin: s’en priver, ce serait tuer la fête», prétendent d’autres. S’il est vrai que la course de taureaux de Pampelune remonte à ces jours bénis où la peste bubonique pouvait décimer le quart de l’Europe en moins de temps qu’il en faut pour crier: «Reste, P.K., reste!», la tradition s’essouffle et n’intéresse plus vraiment la jeunesse espagnole qu’elle est supposée représenter. Un sondage mené par Ipsos pour le compte de World Animal Protection montrait en janvier dernier que 93 % des jeunes du pays ne voulaient rien savoir des corridas.

Que vaut l’argument «tradition», quand la génération censée la perpétuer n’en veut plus? Les mentalités changent, les sensibilités évoluent. En 2016, c’est bien de son temps de trouver que transpercer la nuque d’un taureau après l’avoir fait saigner à coups de lance et écœuré bien comme il faut avec son p’tit drapeau rouge, c’est un tantinet barbare.

J’ai déjà eu «l’incroyable chance» d’assister à une corrida au Mexique en 2008. Non seulement l’animal arrive complètement effrayé dans l’arène, déféquant abondamment à cause de la trouille que lui causent la foule, le cheval et le picador qui l’entaille avec sa lance, mais en plus, il finit par saigner par tous les pores de sa peau, et c’est un spectacle franchement moche à voir. Le matador arrive quand l’animal dégouline déjà de son propre sang. Si le coup de grâce est propre, bien fait, le matador se sent autorisé à découper les oreilles, parfois aussi la queue de la bête qu’il vient de terrasser en guise de trophée. Puis la Zamboni traîne le taureau mort en dehors de l’arène, on racle le sable pour masquer les taches de sang du précédent et hop! Au suivant!

Si c’est ça, le clou d’un festival, c’est que le festival ne vaut pas grand chose, aussi médiéval soit-il. Ce qui n’est pourtant pas le cas avec la San Fermin, une fête immense, épicurienne à souhait, unique, à l’image de la fiesta qui fait la réputation du peuple espagnol. Alors pourquoi continuer cette course où, les taureaux mis à part, des participants se blessent invariablement année après année?

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