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Pourquoi vous ne mangez pas votre chien? Parce que vous êtes carnistes. Hein? C’est quoi ça le carnisme? «En quelques mots, c’est l’idéologie invisible qui nous conditionne à consommer certains animaux», m’a vulgarisé le chercheur en philosophie morale Martin Gibert, qui a écrit sur le sujet. Certains animaux plutôt que d’autres.

«Spontanément, m’explique-t-il, la grande majorité des êtres humains ont de l’empathie envers les animaux et particulièrement, en Amérique du Nord, envers les animaux domestiques (chiens chats, furets…) et d’autres animaux comme le phoque, la baleine, etc.» Pourtant, quand vient le temps de manger de la viande, on oblitère complètement le fait que la vache, le cochon, la poule ou l’agneau qui sont dans notre assiette, ont été tués violemment. Comme si, à l’instar du racisme ou du sexisme pour les «races» et les genres, le carnisme créait une hiérarchisation des espèces animales «pour nous faire accepter la violence envers certaines espèces».

C’est Melanie Joy, auteure du livre Why We Love Dogs, Eat Pigs, and Wear Cows, qui a inventé ce mot en 2001, en constatant qu’il manquait un terme dans le vocabulaire courant pour parler des gens qui ne sont pas végétariens ou végans, pour parler des gens qui choisissent de manger de la viande. Il y avait bien omnivore, mais dans les faits, nous sommes tous des omnivores, même les végétaliens, m’explique M. Gibert. Il y a carnivore, mais ce terme s’applique à des êtres vivants qui ne mangent que des produits carnés.

«Si on veut montrer qu’il y a une dimension d’idéologie, de choix, il faut un mot en –isme. Parce que les mots en –ore réfère à une capacité biologique», me dit le chercheur.

Pour Joy et ses disciples, nous sommes carnistes par choix, mais pas tant que ça. «Il y a une forme de propagande dans la société qui fait penser que c’est naturel, normal et nécessaire de manger de la viande, alors que c’est un choix, au même titre que le véganisme est le choix de ne pas consommer d’animaux», dit M. Gibert au téléphone.

C’est mal d’être carniste donc? Parce que je découvre à l’instant que je suis carniste et je commence à «feeler cheap».
Selon ce que m’expliquait Martin Gibert, ce n’est pas forcément mal. Il y a différent niveau. Mais – parce qu’il y a un mais – dans l’absolu, c’est «moralement critiquable parce que le carnisme est une idéologie violente», qui fait souffrir les animaux. M. Gibert me rassure toutefois en me disant que «prendre conscience que le carnisme existe, c’est un bon début».

Merci pour l’encouragement!

Melanie Joy sera à l’UQAM vendredi pour donner une conférence (en anglais) sur le sujet.
18h à 20h
Les places sont limitées. Pour réserver, c’est ICI.

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