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LGBTIQQA2s : difficile de s’y retrouver, vraiment?

Cette lettre est en réponse au texte «De LGBT à LGBTQQA2s, pas facile de s’y retrouver!», écrit par Laurent McCutcheon, ancien président de Gai Écoute, et publié samedi dernier dans La Presse+.

Revenons sur le texte pour en pointer certaines lacunes.

Tout d’abord, dans l’introduction du texte, McCutcheon affirme qu’on détourne le sens premier de l’acronyme en y ajoutant des lettres et des chiffres (ô scandale!), alors que le sens premier de l’acronyme LGBT n’en est-il pas un d’identification? Plusieurs personnes s’identifient comme étant membres de la communauté LGBT, pourquoi alors refuser à des personnes de pouvoir s’y identifier alors que ce sont ces mêmes personnes qui ajoutent elles-mêmes des lettres a l’acronyme afin qu’il soit plus représentatif de la communauté, c’est ça le sens premier de l’acronyme.

La distinction entre «état d’être» et «idéologie» n’est pas mauvaise en soi, mais inclure les personnes asexuées et two-spirit dans les idéologies relève ici d’une erreur grave. Les personnes asexuées qui ne ressentent pas de désir sexuel ne le sont pas par choix ou par idéologie – cela relève ici de l’état d’être. Les personnes two-spirit ne le sont pas non plus par idéologie. D’ailleurs, soulignons que nous pourrions aussi parler des personnes pansexuelles ou encore des personnes agenres, etc. qui sont aussi des états d’être, mais comme McCutcheon ne veut pas plus de lettres dans un acronyme, c’est mieux de ne pas en parler…

Difficile de s’y retrouver? C’est au contraire très facile de s’y retrouver. D’ailleurs, il faudrait voir comment la communauté LGBT en est arrivée à l’acronyme LGBT pour commencer.

Tout d’abord, on parlait des luttes gaies, tout simplement. Mais, rapidement, on s’est bien aperçu que des personnes se sentaient exclues de la lutte, qui mettait surtout en avant les hommes homosexuels. Les personnes bisexuelles aussi se sentaient exclues et, dans les  années 1980, l’acronyme LGB fait son apparition.
Mais encore là, des personnes qui tentaient de militer aux côtés des personnes LGB ne se sentaient pas incluses dans les luttes par les groupes institués qui défendaient les droits des personnes LGB. Ce sont les personnes trans qui vont militer pour l’inclusion du T dans l’acronyme. On retrouvait à l’époque les mêmes semblants d’arguments, à savoir qu’il fallait conserver l’acronyme simple, qu’il ne fallait pas trop en rajouter, que les gens ne comprendraient pas ce qu’on dit, etc. Après plusieurs années, dans les années 1990, le terme LGBT fait son arrivée.

Nous sommes en 2016 et, encore aujourd’hui, des personnes ne se sentent pas incluses dans les luttes LGBT, et ces personnes ajoutent des lettres à l’acronyme dans un geste d’autodétermination afin d’avoir des points de repère identitaires comme pour les personnes qui sont déjà incluses dans l’acronyme. Ne pas accepter ce nouvel acronyme plus long revient à exclure ces personnes, comme on a exclu les personnes trans à une époque.

Et au nom de quoi le fait-on? La simplicité? Parce que dire cinq ou six lettres de plus dans un discours, c’est vraiment plus long? Parce qu’expliquer et qu’éduquer les gens, c’est difficile?

Je croyais que la communauté LGBT en était une d’inclusion, d’ouverture et de progrès.

Tant qu’à simplifier, pourquoi ne pas retirer LG (qui représente les personnes lesbiennes et gaies) et remplacer ces deux lettres par une seule, le H, qui représenterait les personnes homosexuelles? Ah! Vous vous identifiez plus à L ou à G qu’à H? C’est drôle, il y a des personnes qui, elles aussi, aimeraient ça s’identifier à l’acronyme…

Chloé Fortin Côté, première porte-parole trans d’un syndicat au québec (Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s de l’UQAM)

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