Courrier des lecteurs du 26 octobre 2016
Véronique De Sève, 
Vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

S’il fallait retenir une chose de l’actualité des derniers mois, c’est bien que les violences sexuelles envers les femmes ne relèvent pas que du domaine privé. Les affaires Gomeshi, Aubut et Sklavounos, les dénonciations des femmes autochtones qui auraient été violentées par les policiers ou encore les événements de l’Université Laval ont mis en exergue les conséquences individuelles et sociales dévastatrices des agressions sexuelles dont sont victimes de trop nombreuses femmes. Nous avons la responsabilité collective de nous attaquer à ce fléau social. C’est le message que porteront aujourd’hui les femmes qui descendront dans les rues de plusieurs villes du Québec.

Le gouvernement aurait dû depuis longtemps prendre à bras le corps le problème en se montrant beaucoup plus déterminé à le combattre. Il a manqué à son devoir et a repoussé aux calendes grecques l’adoption d’une stratégie sur la question, qui se fait attendre depuis trois ans déjà. Philippe Couillard a préféré assommer la population à coups de politiques d’austérité répétées, rendant d’ailleurs plus difficile l’accès à des professionnels compétents, et par le fait même, plus criante encore la détresse des victimes. Devant l’ampleur des événements des derniers jours, il n’avait d’autre choix que de passer à la vitesse grand V afin que sa stratégie voie le jour le plus tôt possible. De quoi sera faite cette politique? Nul ne le sait. Une chose est sûre, elle devra comporter un important volet sur l’éducation et la sensibilisation dans tous les milieux si on veut réduire l’ampleur du phénomène.

Pour prévenir les agressions et empêcher qu’elles soient commises en toute impunité, il est essentiel d’agir contre la marchandisation du corps des femmes et le sexisme ambiant. Nous devons aussi travailler à enrayer à la source des comportements trop souvent banalisés comme le harcèlement sexuel, qui n’est pas en soi une question de sexe, mais plutôt une question de pouvoir et de contrôle sur les plans économique, physique et affectif.

En milieu scolaire, une formation s’avère essentielle, puisqu’elle s’adresse à des adultes en devenir. Le retrait des cours de sexualité dans les écoles du Québec depuis la réforme pédagogique en 2000 n’a pas été, à cet égard, l’idée du siècle. Cela dit, le projet pilote actuel visant à les réintégrer au cursus scolaire a fait l’objet de nombreuses critiques. Les voix se sont élevées pour dénoncer le manque de soutien des professeurs réguliers, qui se voient confier l’entière responsabilité d’éduquer les élèves en la matière. La démarche se doit d’être plus rigoureuse, particulièrement dans le contexte social actuel.

D’autres mesures seront également nécessaires, notamment dans les milieux de travail: l’augmentation du nombre de travailleuses dans les milieux traditionnellement réservés aux hommes et la représentation équitable des femmes dans les postes de responsabilités où elles sont encore trop peu nombreuses pourraient favoriser les changements escomptés.

En définitive, les agressions et le harcèlement sexuels constituent des problèmes potentiels pour toutes les femmes, pas seulement pour quelques-unes d’entre elles. Le phénomène concerne tout le monde. Mettons-nous à la tâche tout de suite!

Aussi dans Courrier des lecteurs :

blog comments powered by Disqus