THE CANADIAN PRESS Philippe Pichet, directeur du SPVM, a affirmé lundi que la surveillance dont le chroniqueur Patrick Lagacé a fait l'objet était un cas d'exception.

La dérive

Bien que l’affaire Lagacé ait de quoi inquiéter sérieusement les tenants de la liberté de presse et la population en général, je trouve curieux de lire les réactions. Beaucoup se scandalisent de cette intrusion et de la complicité du système judiciaire dans celle-ci, mais bon nombre commentent probablement cette affaire sur des réseaux sociaux comme Facebook grâce à leur téléphone muni d’un système de géolocalisation et de vérification d’identité avec empreinte digitale.
Il ne faut plus s’étonner de la dérive de nos institutions judiciaires et policières en matière de respect de la vie privée quand une grande partie de la population utilise des technologies intrusives et des réseaux sociaux qui servent de base de renseignements aux agences de surveillance et fournit, de plein gré, des renseignements sur sa vie privée.
Pourtant, quand on leur pose la question, la majorité des Canadiens se préoccupent de la protection de leur vie privée. Neuf répondants sur 10 ont affirmé se préoccuper de la protection de leur vie privée, et 34 % se sont dits extrêmement préoccupés, comparativement à 25 % en 2012. Malgré leurs préoccupations, seulement 19 % des répondants avaient recherché des renseignements sur leur droit à la vie privée,
principalement sur l’internet.
Par contre, une majorité de Canadiens doutent de disposer de suffisamment de renseignements pour savoir comment les nouvelles technologies peuvent affecter la protection de leur vie privée. (43 % des répondants estiment disposer de suffisamment de renseignements à cet égard, mais 56 % sont d’avis contraire (41 % sont tout à fait en désaccord avec l’énoncé présenté et 15 % sont neutres).
Il y a donc, entre la préoccupation et la connaissance, un fossé énorme. Malgré nos inquiétudes, nous sommes trop pressés de faire partie de cette modernité technologique et nous en oublions les effets réels et potentiels sur nos vies privées. La prochaine fois, avant de cliquer «J’accepte» quand vous utilisez une nouvelle application, prenez donc le temps de lire les conditions d’utilisation, car en acceptant sans savoir, en acceptant sans comprendre, nous participons à légitimer les intrusions présentes et futures dans nos vies privées. En matière de vie privée, la dérive n’est pas qu’institutionnelle; elle est aussi collective.

Sébastien Croteau

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