Le sens des mots de M. Charest

Le premier ministre sortant Jean Charest attaque son principal opposant politique en affirmant que «Mme Marois préfère le référendum et la rue». Puis il se demande si les Québécois veulent vivre dans une société où on se respecte mutuellement et où on respecte la loi et la démocratie.

En utilisant le mot «loi», M. Charest entend probablement Loi 78, à laquelle une vaste majorité de citoyens s’oppose. Ne pousse-t-il pas la chose plus loin en y reliant le terme «démocratie»? C’est ce à quoi porte à penser son raisonnement: pour qu’il y ait loi au Québec, il est nécessaire qu’il y ait Parlement. Pourtant, en termes généraux, une démocratie peut être le fait, par exemple, d’un rassemblement de directeurs de banque relativement à une entente pancanadienne afin de décider du point X ou Y. Le principe est simple : le plus grand nombre de votes l’emporte!

Pourtant, selon M. Charest, les notions de loi et de démocratie semblent intimement liées, alors que ces deux notions peuvent être vues de façon totalement opposées. Une loi n’a pas besoin de démocratie pour exister. De facto, il est improbable qu’il ait voulu exprimer que le Québec n’est pas une démocratie puisque, si tel était le cas, il en serait le seul responsable. On ne peut qu’en conclure que ce qu’il a voulu exprimer, c’est une simple justification de ses propres actions en utilisant des principes idéologiques.

Pour M. Charest, le PQ, c’est la rue. Un peu ironique pour quelqu’un qui, d’une part, veut une société démocratique, mais qui fait face au plus long conflit étudiant de l’histoire de l’Amérique, un conflit qu’il n’a pu régler que par la force. Nul besoin de défendre le PQ pour accuser M. Charest de faire de la démagogie en manipulant l’opinion publique. Par exemple : associer son principal adversaire au carré rouge, alors que cet adversaire ne l’a jamais porté que par opportunisme politique. Cette attaque, issue du plus pur opportunisme politique, me semble particulièrement futile et, qui plus est, facilement révocable.

Il est vrai que le carré rouge a de multiples significations. Il est perçu par les uns comme modéré, par les autres comme extrémiste, et même, selon certains commentaires entendus dans la rue, comme «communiste». Laissez-moi rire! Non, mais, n’est-il pas possible de penser que le carré rouge est un simple symbole destiné à unir les adversaires d’une hausse des droits de scolarité et le mouvement étudiant en général, indépendamment du point de vue politique de celui qui l’affiche? De mon point de vue d’étudiant universitaire, je ne connais pas beaucoup de «carrés rouges» qui anticipent de voir les rues à feu et à sang ou qui souhaitent la violence et le chaos d’une révolution prolétarienne.

À mon sens, les étudiants, qu’ils soient de gauche ou de droite, veulent la paix; et ce n’est pas en matant le public à grands coups de matraque qu’on y arrivera. L’expression «le feu par le feu» ne peut s’appliquer dans ce contexte.

S’il s’agit là de la solution avancée par M. Charest en vue de régler le conflit en cours, gageons que ce n’est pas, même dans le contexte d’une victoire électorale, ce qui arrêtera le mouvement étudiant. Pour M. Charest, relier la rue au carré rouge est une erreur de logique puisque la «rue» à laquelle il fait allusion est la conséquence de sa propre négligence, et non pas celle d’un symbole.

Le vocabulaire de M. Charest est effectivement manipulateur. L’esprit critique demeure le meilleur moyen de faire face à la rhétorique politique à laquelle auront droit les Québécois pendant la campagne électorale.
Méridick Forest, Montréal

blog comments powered by Disqus