Et l’école, elle, fait-elle ses devoirs?

C’est un beau samedi d’octobre. Le soleil est là, mais très timide… L’automne a pointé son nez depuis trois semaines et il commence à faire frette à Montréal. Revient le temps des longues heures sur l’internet, Facebook, YouTube, Skype, MSN et compagnie. Les casaniers s’en délectent. Nos adolescents aussi…

Il est 8 h. Je vois les petites lumières de notre modem qui clignotent : «Messages à livrer, données à transmettre, vidéos à télécharger», comme les phares alarmés d’une ambulance. Aucune sirène cependant. Silence total. Normal, j’ai deux adolescents à la maison (au lit, mais réveillés, munis de leur téléphone intelligent), cyberactifs et fiers de l’être!

Cependant, gisant dans ma boîte de courriels, tiré d’un récent numéro de la revue The Star, un article patiente, lui aussi silencieux : «Colombie-

Britannique : une adolescente se suicide. Postant des photos en ligne, elle s’était engagée sans le savoir dans une série d’événements. Maintenant, elle est classée ex-déprimée, victime de cyber-intimidation.»

C’est étrange et vraiment révélateur. En effet, on trouve toujours facilement des noms et des classifications (est-ce une tentative de justification?) : «dépressif», «victime d’intimidation», «autistes», «avec difficultés d’apprentissage», «ADH», «DDAH», «AAXY», «déficients», «immigrants», «antisémites», «tech savvy», «en besoin d’oméga 3-6-9», etc.

Mais «ignorants», ça existe encore, non?

«Ignorant : qui n’est pas au courant de quelque chose, qui n’a pas la connaissance d’une chose déterminée», selon Larousse.

L’internet est-il «une chose déterminée»? En a-t-on une connaissance suffisante? N’est-ce pas un de nos devoirs comme parents d’apprendre à nos enfants à se servir d’un outil avant de le mettre à leur disposition (un couteau, par exemple)? N’est-ce pas un de leurs droits fondamentaux de mieux connaître cet outil, d’apprendre, de savoir, de se préparer et de se prémunir contre ses dangers et ses risques? Or l’internet, Skype, YouTube, les réseaux sociaux et autres ne viennent pas avec un manuel d’utilisation! Nos enfants sont-ils prêts à affronter cette toile d’araignée géante et à en faire bon usage?

Selon des références professionnelles, ces jeunes que nous pensons experts de l’internet ne le sont vraiment pas!

Et nous, parents, savons-nous vraiment ce qui se passe sur ces pages web qui défilent quotidiennement devant nos yeux (ou à notre insu) et sous le regard insouciant de nos enfants et adolescents? Ces pages défilent et nous défient. «Chats», courriels, publicités, commentaires, invitations, vidéos, photos, secrets de vie privée, sourires, lèvres rouges, muscles gonflés et j’en passe.

Devrons-nous faire la police à la maison? Bien oui! Nous sommes les parents, les responsables!

Pouvons-nous le faire? Bien oui… mais comment? Là est la question.

Et l’école, elle, fait-elle ses devoirs? Si oui, comment? Et est-ce suffisant?

Moi, personnellement, je ne le pense pas.

Or l’ex-ministre québécoise de l’Éducation, Line Beauchamp, a déposé, en février 2012, un projet de loi contre l’intimidation à l’école. Le projet a été adopté en juin 2012.

Je pense, chers amis et parents, qu’il est temps d’admettre notre ignorance, d’oser demander de l’aide, de nous réveiller et d’exiger qu’on (parents, écoles et ministères) réveille nos adolescents avant qu’il soit trop tard, de mettre de côté les discussions ministérielles, les planifications, les réunions, les exigences et les procédures administratives visant la mise en œuvre de «politiques pertinentes», de «mesures» ou d’«autres actions»… Il est urgent d’agir!

Commençons par nous intéresser aux activités en ligne de nos enfants (uknowkids.com) et, si ça marche, ne leur disons pas comment nous avons fait! Aussi, posons-nous la question : si les administrateurs de l’école font déjà quelque chose, est-ce suffisant? Et si la réponse est non, exigeons de la direction et du conseil d’établissement de faire quelque chose, et vite! Puis visitons le site mels.gouv.qc.ca/violenceecole et essayons d’agir ensemble.

«Neuf fois sur dix, un intimidateur a besoin de témoins, de spectateurs pour poser son geste. Or, si j’interviens, deux fois sur trois, le geste cesse. Donc, il faut qu’on arrête d’être des témoins muets de l’intimidation», a affirmé Line Beauchamp. Neuf fois sur dix, un intimidateur a besoin d’un ignorant…
Bonne lecture!

Mariane Sawan Zakharia

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