Transparence québécoise

À ceux qui sont nés dans le pays où ils vivent depuis toujours, même-pays-même-province-mêmes-amis-mêmes-paysages-même-langue, donc qui n’ont pas eu la chance ou la malédiction d’émigrer, il y existe une réalité qui échappe bien souvent : celle de la précarité du statut.

L’immigrant qui est en exil au Québec, qui est en attente de la régularisation de sa situation par les deux paliers de gouvernement, vit dans l’inquiétude perpétuelle d’être rejeté.

Il se trouve que, lorsqu’on vit dans un endroit, de gré ou de force, par habitude peut-être, c’est bien humain, on s’attache sentimentalement. On s’intègre petit à petit, qu’on le veuille ou non. Il arrive même que, dans l’attente de la régularisation, des enfants naissent, grandissent. Puis, des années plus tard, après avoir en vain tenté de convaincre les instances de l’immigration du bien-fondé de votre demande, vous êtes expulsé vers un pays qui vous est devenu étranger. Cette attente est profondément cruelle.

Si un candidat à l’immigration doit être expulsé, qu’il le soit rapidement. Que son dossier soit traité le plus vite possible. Car après, il est trop tard. Cela devient du bannissement. Une injustice. Un crime. Des familles sont séparées. Des amis. Des vies humaines. Je ne me prononce pas sur les raisons du rejet de la demande, je dis seulement que les lenteurs de l’administration ont des conséquences dramatiques quand la personne est rejetée, mais aussi quand elle est acceptée, car comment construire une vie au Québec quand on n’est pas encore résident permanent? Comment construire une carrière? Comment payer ses factures? Que dire, que promettre à ses enfants?

Et puis, une fois accepté, dans le meilleur des cas, pourquoi un immigrant, souvent diplômé de l’université, qui possède une solide expérience dans son domaine, éprouve-t-il autant de difficultés à s’intégrer à la société québécoise? Personnellement, je n’ai pas eu de grandes difficultés pour m’intégrer (peut-être parce que je viens de France, que le français est ma langue maternelle, que mon nom est français et que je suis blanc-caucasien-transparent-invisible), mais je voudrais dire que le fait de ralentir l’accession au statut de résident permanent ou à un emploi dans le domaine de formation du candidat est une perte énorme pour la société québécoise. Des gens hyper qualifiés travaillent dans des emplois sous-payés qui ne requièrent qu’une bonne forme physique. Le Québec ignore la richesse qu’il perd en rendant si difficile l’accès au monde du travail à ces personnes. Il faudrait peut-être davantage penser aux compétences d’un immigrant plutôt à son nom ou qu’à son apparence, ne croyez-vous pas?

Alain Raimbault, Longueuil

Il n’y a pas de sots métiers

Cette lettre réagit à une autre publiée dans cette page vendredi dernier.

M. Sadat, nul ne niera que la précarité de l’emploi est un frein à l’embauche, surtout quand on est hautement scolarisé. C’est bien beau la mémoire sélective, mais il n’y a pas que la communauté maghrébine qui est fortement touchée. Je me suis toujours méfié des statistiques compilées à la hâte et qui ne tiennent pas compte de certains critères déterminants. C’est un peu comme les sondages de dernière minute au cours d’une chaude campagne électorale.

Le chômage est un mal qui touche tout le monde, sans distinction de race ou de religion. Les autorités publiques devraient trouver une solution globale qui conviendrait à chaque cas.

En partant du simple principe qu’il n’y a pas de sots métiers, je conseillerais aux nouveaux arrivants (j’en étais un) de mettre de côté leur orgueil et leurs diplômes obtenus à l’étranger, de se recycler dans les écoles d’ici, d’accepter n’importe quel boulot et d’acquérir ainsi une expérience de travail canadienne.

C’est très important de gravir petit à petit les échelons de l’intégration, sans bousculer l’ordre des lois du travail déjà établi. Ça prend une bonne dose de patience, de l’amour pour son pays d’accueil et, pour le reste, «aide-toi, et le ciel t’aidera».

Ahmed Moussa, Montréal

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