Les deux mondes de Montréal

La période de l’après-guerre avait vu la ville de Montréal connaître une croissance phénoménale. Le dynamisme du maire Jean Drapeau et de son équipe avait propulsé Montréal au rang de métropole du Canada. Tout le monde au pays en parlait, et ses habitants en étaient fiers. De plus, notre club de hockey, le Canadien, connaissait des succès spectaculaires, et l’atmosphère en ville était chaleureuse et excitante.

Malheureusement, les temps ont changé. Montréal s’est fait damer le pion par Toronto.

Aujourd’hui, il y a deux mondes à Montréal. L’autre soir, en revenant de mon party de Noël qui se déroulait dans un hôtel de l’ouest du centre-ville, j’ai subi le choc de ces deux mondes. C’était un mercredi soir.

J’ai emprunté la rue Sainte-Catherine d’ouest en est. Ce que j’ai vu ressemblait à Berlin du temps où la ville était séparée par le fameux mur. Dans le secteur situé entre les rues Guy et Saint-Urbain, c’était l’effervescence. Beaucoup de gens sur les trottoirs, des vitrines de Noël riches visuellement, une atmosphère dynamique et joyeuse. Bref, c’était agréable et beau à voir; on aurait dit que c’est dans une ville comme ça qu’on aimerait vivre. Un peu comme à Québec et à Toronto. Seule discordance pour moi, l’anglais semblait dominer.

Dès que j’ai franchi l’intersection de Saint-Laurent, il m’a semblé que les lumières venaient de s’éteindre. Quel contraste! La rue Sainte-Catherine était complètement déserte: pas de circulation automobile ni piétonnière. Arrivé au coin de Saint-Hubert, j’ai vu un itinérant qui demandait quelques sous à une personne qui quittait le guichet automatique de la banque du coin. Le village gai m’a paru en panne de divertissement et de richesse. Quant au secteur à l’est de Papineau, je pense qu’il serait indécent de ma part de vous en parler.

Est-ce qu’un leader va bientôt se pointer pour trouver une solution au problème de la pauvreté de l’est de Montréal? Est-ce que la fierté existe encore à Montréal pour lui redonner ses lettres de noblesse?
Réjean Langlois, Saint-Bruno

Si l’anglo le dit…

Un journaliste a demandé à Adam Cohen, le fils du grand Leonard, s’il croyait que le français était menacé à Montréal. Il a répondu par l’affirmative : «Principalement à cause de l’influence nord-américaine, qui s’entend aussi à Paris, et qui a rendu le français quasi bâtard dans certaines régions du Canada. C’est pour ça que la fierté touchant la langue est importante: il faut se blinder.»

On peut les compter sur les doigts de la main, les anglophones qui reconnaissent cela à Montréal. Quand ça vient d’un spécialiste francophone, chiffres à l’appui, on se méfie, mais quand ça vient d’un artiste anglophone, néophyte en la matière, on se dit que c’est peut-être vrai, après tout.
Sylvio Le Blanc, Montréal

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