Dans la tête d’un jeune

Pour comprendre ce qu’on peut qualifier de crise sociale au Québec, j’ai tenté de me mettre dans la tête d’un jeune. Essayez un moment. Éclairant.

Vous avez 19 ans. Vous préparez votre entrée à l’université, partez en appartement avec des colocs et travaillez à 10 $ de l’heure. Vous réalisez que le monde dans lequel
on vous propose de grandir, de vous investir et de vous épanouir est décourageant!

D’abord, depuis des années déjà, on fait bien comprendre aux jeunes que leur génération devra travailler fort pour financer des caisses de retraite et des coûts de santé effarants à mesure que les nombreux boomers entreront dans le troisième âge. Tout un défi qu’on leur impose!

Puis, comme si ce n’était pas assez, on leur laissera aussi un héritage bien lourd : l’énorme dette publique du Québec, avec laquelle ils seront pris à la gorge. Ils le savent. Tout cela sans compter le legs d’une dette environnementale, où les ressources s’amenuisent et les milieux de vie (faune et flore) sont de plus en plus menacés. Ou encore, un fossé entre riches et pauvres qui s’agrandit à grands coups d’abus et de scandales.

Aujourd’hui, c’est à ces mêmes jeunes qu’on dit : «Bon, écoutez. Vous êtes gâtés. Maintenant, c’est à VOTRE tour de faire votre juste part.» Euh… Pardon? Le jeune dans ma tête s’insurge!

Après tout ce qu’il sait déjà sur ce qui l’attend, on lui impose une hausse des frais de scolarité de 82 % et on tente de le dissuader de manifester un quelconque désaccord face à la situation? Pire encore (et c’est d’autant plus frustrant pour les jeunes), les politiciens et chroniqueurs qui les démonisent, qui les traitent d’enfants-rois ou de citoyens irresponsables – le tout sur un ton paternaliste et arrogant – sont largement issus de cette même génération qui les a menés dans cette situation intenable, où les jeunes paniquent face à leur avenir collectif et étouffent sous les obligations qu’on leur impose. Et il faudrait qu’ils encaissent sans mot dire? Ou maudire?

Et maintenant, ce jeune vous-même, dans votre tête… n’est-il pas rouge, lui aussi? De colère, bien sûr…

Dominic M.-Bilodeau, Montréal

Refus global

C’est quelque chose comme un grand peuple qu’on a pris en otage. Une société qui, après des siècles de développement, s’est réfugiée dans un profond sommeil depuis quelques années. Une province où l’ambition du succès a été délaissée pour le carré rouge du socialisme, où la passion de la réussite se mesure dorénavant au blocage d’un gouvernement trop lâche pour résister aux groupes de pression.

C’est quelque chose comme un territoire épargné par la crise économique, là où les yeux myopes des enfants gâtés ne voient pas l’horizon incertain qui touche presque tous les pays du monde. C’est une mentalité qui vise à recevoir toujours plus sans jamais donner. C’est le règne de l’ego et de la solidarité à sens unique. C’est quelque chose que je n’accepterai plus.
C’est mon refus global.

Nicolas Godin, Saint-Bruno

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