Niqab : l’arroseur arrosé?

Les questions du retrait de la citoyenneté et du niqab, qui agitent la présente campagne électorale, n’ont pas de portée réelle dans notre vie quotidienne, mais elles peuvent ouvrir la porte à de fâcheuses dérives.

Ces deux enjeux ont été sciemment introduits et exploités de façon populiste et démagogique par le Parti conservateur pour masquer son bilan peu reluisant en d’autres matières.

Mais ce jeu pourrait se retourner contre lui. ll n’y a qu’à penser aux dernières élections québécoises, où le Parti québécois pensait gagner en surfant sur la popularité apparente d’une charte de la laïcité qui venait brimer des libertés. Or, l’arroseur s’est fait arroser, car les gens ne sont pas aussi crédules et manipulables que certains le pensent.

Passé la saine réaction épidermique de rejet qu’on ressent dès qu’il est question de terrorisme et d’islamisme radical, on réalise bien que toute atteinte à la pleine liberté des droits que nous avons (et celle de s’habiller comme on veut en fait partie, que cela nous plaise ou non) est intolérable, et défigure l’idée que nous avons du Canada, un pays ouvert et tolérant, différent de tout autre pays ordinaire d’Occident. Tout aussi intolérable est la perspective de perte de citoyenneté prévue pour un Canadien qui posséderait une double citoyenneté. Le gouvernement conservateur a discrédité constamment la valeur de la citoyenneté canadienne en refusant systématiquement d’intervenir pour rapatrier des Canadiens en fâcheuse posture dans certains pays.

Il veut maintenant faire un système à deux vitesses, en faisant une distinction entre la citoyenneté innée et la citoyenneté acquise. Cela ne ressemble pas au Canada et à l’idéal de «société juste» qui anime ce pays depuis de nombreuses décennies. Il reste environ deux semaines avant les élections. Souhaitons que la poussière retombe et que les gens voient plus clair dans les manœuvres qu’on essaye de faire en jouant sur leur émotivité.

Christian Feuillette, Montréal

Les apatrides du langage

Je suis assez sidéré, ces derniers temps, par la façon irresponsable avec laquelle certains journalistes, animateurs ou commentateurs, hommes ou femmes, relaient les enjeux de la présente campagne électorale. En prétendant à l’objectivité, ils ne deviennent trop souvent que les caisses de résonnance d’inepties stratégiques concoctées dans les officines de certains partis…

Pensons au niqab, par exemple, et à sa terrible incidence sur les changements climatiques, ou sur le sous-financement de l’ACDI et de Radio-Canada! Selon Immigration Canada, depuis 2011, 2 femmes seulement sur 680 000 ont refusé de retirer leur niqab pour prêter leur serment de citoyenneté : pourquoi «mousser» un tel enjeu jour après jour, soir après soir, alors que tant de choses autrement plus importantes pour notre avenir sont en jeu le 19 octobre?

«Performance… gaffes… phrase assassine… il n’a pas gagné, il ne s’est pas effondré non plus.» (Emmanuelle Latraverse à la suite du débat sur la politique étrangère, le 28 septembre). Par-delà l’évaluation des boxeurs cravatés, où est donc la mise en lumière des idées fortes, des projets, des perspectives offertes aux citoyens ce soir-là?

Le pays où nous vivons est d’abord le langage : ce serait bien, lorsqu’on a le privilège d’avoir accès à la parole, de peser et d’habiter le sens des mots qu’on emploie, particulièrement lorsqu’on prétend «informer» une majorité… trop silencieuse. Et introduire un gramme de subjectivité citoyenne dans une tasse d’objectivité journalistique ne ferait parfois pas de tort
à cette information.

Jean-François Boisvert, Montréal

Aussi dans Courrier des lecteurs :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!