L’intimidation policière

Montréal, manifestation du Front Commun, 3 octobre 2015. Une ligne de policiers armés de fusils et de matraques longe le côté est de l’avenue McGill College. Accoutumée à la présence intimidante de ces quasi-militaires, de ces soi-disant «forces de l’ordre», la majorité, sinon l’entièreté des manifestants ne leur portent guère attention. Curieusement, ce sont ces mêmes manifestants qui, dans leurs institutions publiques, adoptent des politiques de «tolérance zéro» envers l’intimidation, s’opposant si ardemment à cette force destructrice. Ce paradoxe se dessine comme suit:
Tandis que nous qualifions d’intimidateur l’enfant qui, dans la cour d’école, cherche à faire obéir ses compatriotes, nous refusons de reconnaître chez les policiers l’intimidation que nous dénonçons chez l’enfant. Pourtant, une force policière, tout comme l’enfant autocrate, cherche à faire obéir autrui, à intimider. Si nous qualifions d’intimidation la volonté de l’enfant de faire obéir autrui, pourquoi refusons-nous de qualifier d’intimidation cette même volonté lorsqu’elle existe au sein d’une force policière?

Pour ceux d’entre vous qui jugent nécessaire cette intimidation, posez-vous les questions suivantes: L’intimidation de l’enfant est-elle nécessaire au bon fonctionnement de la cour d’école, ou est-elle plutôt nuisible à celle-ci? Sert-elle à promouvoir la sécurité des autres enfants ou plutôt à les asservir? Sert-elle à promouvoir la paix entre les enfants ou sème-t-elle plutôt la misère?

C’est ici que les défenseurs acharnés de la police voudront distinguer l’intimidation utilisée par l’enfant de celle de la police. Ils le feront en disant que l’intimidation utilisée par cette dernière à une fonction sociale – celle de garantir la paix – fonction que l’intimidation de l’enfant n’a aucunement. Voyons en quoi consiste cet argument: cet argument justifie l’utilisation de l’intimidation afin de promouvoir la paix sociale.

Cependant, n’importe quel moyen oppressif comme l’intimidation ne peut favoriser la paix sociale. L’oppression et la paix, ce sont des notions qui s’excluent mutuellement. Il est donc impossible de dire que l’un favorise l’autre. L’intimidation policière, tout comme celle de l’enfant, existe et ne peut être défendue par la croyance généralisée et erronée qu’elle favorise la paix sociale. Ceux qui, malgré cet argument, continueront de défendre l’intimidation policière le feront dans l’unique but de vous asservir.

Nicholas Lénart

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