Les bêtes ne parlent pas

«Aussi longtemps que les hommes massacreront les animaux, ils se tueront entre eux.» Cette sentence est attribuée à Pythagore.

Depuis longtemps, je constate que très peu de gens parlent de la vie des animaux d’élevage. Des réfugiés? Oui, nous sommes tous d’accord que c’est terrible. Des animaux de compagnie? Plus ou moins, on s’occupe d’eux. Mais est-ce qu’il y a beaucoup de gens qui se disent que les vaches, les cochons ou les poules sont des êtres vivants qui éprouvent les mêmes sentiments de joie, de peur, d’amour et de jalousie que nous et les animaux de compagnie? Les vaches et les cochons ne sont pas plus stupides que les chiens et les chats. Certes, ils ne peuvent pas raisonner comme les êtres soi-disant humains, mais est-ce une raison pour les considérer comme rien de plus que des morceaux de viande dans nos assiettes?

Malheureusement, la plupart de gens ne connaissent pas les conditions de vie des animaux d’élevage. D’ailleurs, cette ignorance est commode pour les consommateurs et les travailleurs du domaine. C’est trop tentant de passer sous silence leurs conditions de vie et de mort et leur souffrance; les bêtes, elles ne parlent pas.

Natalia Vikhalevsky

Le mythe d’une bataille à armes égales

Mathieu Santerre, le président de l’Association québécoise des lobbyistes, publiait récemment une lettre ouverte dans laquelle il soutient énergiquement le projet de loi 56, qui réforme en profondeur la loi sur le lobbyisme. Il soutient particulièrement la mesure qui forcerait des centaines de groupes citoyens et communautaires à s’enregistrer comme lobbyistes et à se conformer aux exigences de cette loi.

Il faut de l’imagination pour comparer un lobbyiste à un groupe citoyen. Le lobbyiste travaille et rend des comptes à une grande corporation qui lui verse des honoraires très au-dessus du salaire médian québécois. Ce n’est pas un mal en soi, bien sûr, mais la dynamique de pouvoir dans laquelle il s’inscrit est problématique. La personne qui coordonne un groupe citoyen ou communautaire rend des comptes à un petit CA de bénévoles sans moyens. Le milieu communautaire n’a pas les ressources nécessaires pour offrir des avantages sociaux compétitifs.

Faire un parallèle entre ces deux fonctions pour ensuite soutenir qu’elles devraient se battre à armes égales, donc être soumises à la même loi, est une perversion dangereuse de la notion de débat public. Les groupes citoyens et communautaires aident la population à se mobiliser et à intervenir dans la société pour des enjeux qui les touchent.

Une seule chose est commune à ces deux personnes : elles tentent d’influencer les décideurs publics. L’une fait la tournée des cocktails mondains et parcourt les corridors de l’Assemblée nationale, l’autre organise des manifestations et des campagnes d’éducation populaire. Au lieu d’un combat à armes égales, on assiste plutôt à un «David contre Goliath».

Une chose est certaine, nous ne pourrons jamais comparer un lobbyiste à contrat travaillant pour une corporation dont la raison d’être est (faut-il le rappeler?) de faire des profits avec un groupe citoyen, petit ou grand, qui a pour mission d’améliorer les conditions de vie du 99 %.

La logique de M. Santerre est erronée et sa conception de la démocratie est dangereuse. Pour qu’une pétrolière et un groupe comme Coule pas chez nous se battent véritablement à armes égales, il faudrait que les deux soient représentés par des lobbyistes. Or, ce n’est pas possible. Comme Gabriel Nadeau-Dubois l’avait bien dit durant la grève étudiante de 2012 : «Nous, nous n’avons pas les moyens de nous embaucher des lobbyistes.» Il reste alors l’implication citoyenne.

Les entreprises tenteront toujours d’influencer les décideurs publics. Que les personnes qu’elles engagent pour le faire soient minimalement encadrées par une loi fait consensus au Québec. Toutefois, assujettir les OSBL à la loi sur le lobbyisme est une mauvaise idée, car elle ne tient pas compte d’une différence fondamentale entre les organismes citoyens et les professionnels de l’influence : la notion de profit.

Pour cette raison, j’invite M. Jean-Marc Fournier à ne pas se laisser influencer par les comparaisons trompeuses de M. Santerre.

Alexandre Leduc

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