Apprendre à pêcher ou donner un poisson? Pourquoi pas les deux!

Plusieurs guignolées sont en cours partout au Québec, mais on remet parfois en question la pertinence de ces collectes. Pourtant, tout le monde s’entend, les banques alimentaires répondent à un besoin évident et essentiel, celui de manger. Un geste qui prend davantage d’importance à Noël. Pour faire image, je dirais qu’afin de sortir une famille démunie de sa précarité, il faut lui donner du poisson, mais j’ajouterais qu’il faut aussi lui donner accès à la rivière et l’outiller pour pêcher. À titre de cofondatrice d’un organisme dont la mission est de combattre l’insécurité alimentaire, je peux dire que la recette magique contre la pauvreté n’existe pas. Elle n’existera pas demain ni après-demain. Chaque cas est différent, chaque famille a son histoire, ses besoins, ses limites. On doit lui donner le temps et l’encadrement requis pour passer de l’indigence à l’autonomie financière et sociale. Et cette réussite passe par un ventre plein.

À Montréal, une famille sur quatre vit sous le seuil de pauvreté. Presque deux fois plus que dans l’ensemble du Québec. Malgré les discours et les promesses de nos élus, les solutions durables contre la pauvreté n’ont jamais été mises de l’avant assez longtemps pour donner des résultats. Trop souvent, l’État donne d’une main, mais en reprend autant, sinon plus, de l’autre. Imaginez un quotidien où tout tourne autour d’une question : «Qu’est-ce que je vais donner à manger à mes enfants?» Les parents pauvres se lèvent tous les matins avec le but d’offrir à leurs enfants trois repas dans la journée. Mais trop souvent, ça n’arrive pas. Tout est rationné dans ces familles : le lait, le pain, les céréales, même le papier de toilette! Y a-t-il des fruits et des légumes frais dans le frigo? Très peu, et seulement quand ils sont en solde. Les enfants n’ont pas le droit de fouiller librement dans le garde-manger ou dans le frigo; s’ils ont faim (et comme tous les enfants, ils ont souvent faim!), ils doivent demander la permission. Tout est calculé, mesuré, limité.
Je côtoie des gens démunis au quotidien depuis bientôt 18 ans, mais je ne m’habitue pas à voir des parents bénéficiaires d’un de nos Magasins-Partage pleurer, incapables de retenir leurs larmes, lorsqu’ils reçoivent des denrées alimentaires de base comme de la farine ou du sucre. Je vois dans leurs yeux le stress, la honte, le sentiment d’être inaptes comme parents. Chaque fois, je me dis que cette personne pourrait être moi.

Les pauvres ne sont pas des parias, des paresseux. Ils ne sont pas des illettrés ou des personnes qui veulent vivre aux crochets de la société. Je suis peut-être une optimiste, mais je formule un vœu : celui qu’on priorise collectivement (citoyens, organismes tel le Regroupement Partage et gouvernements) la lutte à la pauvreté, et ce, toute l’année. La pauvreté paralyse notre société et nous coûte trop cher. J’interpelle à nouveau le gouvernement en lui demandant d’en faire davantage. Il doit s’engager concrètement contre la pauvreté et ne pas viser que le déficit zéro. Noël arrive dans quelques jours. Les Magasins-Partage de Noël vont nourrir 25 000 personnes pour les Fêtes (des centaines d’autres sont inscrites sur nos listes d’attente). Aider les personnes âgées, les parents, les enfants démunis, ce n’est pas un luxe, c’est la base même de la dignité humaine. Il ne faut pas l’oublier, manger un repas est un  geste qui se répète 1 095 fois par an. Soyez généreux!

Sylvie Rochette, cofondatrice et directrice générale, Regroupement des Magasins-Partage de l’île de Montréal

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