À la recherche des démocraties perdues

2016 sera une année charnière pour la stabilité politique africaine. Dans cette ère où les coups d’État militaires n’ont plus la côte, le quotidien Foreign Policy dénonce la popularité grandissante d’une nouvelle stratégie politique adoptée par les dirigeants africains au pouvoir : le putsch constitutionnel. Il y a plusieurs années, afin de légitimer leur présence à la tête du pays, plusieurs dirigeants africains se sont dotés de Constitutions limitant le nombre de mandats présidentiels. L’histoire montre par contre qu’il est beaucoup plus facile de mettre en place une disposition constitutionnelle que de la respecter.

C’est ainsi que trois leaders africains expérimentés ont contourné leur propre Constitution en la modifiant : Mbasogo en Guinée Équatoriale, dos Santos en Angola et Mugabe au Zimbabwe. Plus récemment, en 2015, le président du Burundi a effectué le même tour de passe-passe politique, malgré l’indignation de la population et de la communauté internationale. Le résultat est désolant pour ce petit pays isolé du centre de l’Afrique, qui peine à se sortir de plusieurs décennies de guerre civile : 200 000 personnes ont plié bagage et se sont réfugiées dans les pays limitrophes. Les prochains sur la liste : la République du Congo et le Rwanda, où des élections sont prévues en 2016. Et les astres ne semblent pas être alignés pour une transition en douceur dans ces deux pays. Sassou-Nguesso, président de la République du Congo depuis maintenant 31 ans et âgé de 72 ans, a tenu un référendum visant à légitimer sa candidature à la réélection. Le but du référendum était de modifier la Constitution afin d’abroger la limite d’âge de 70 ans pour le président et le nombre de mandats au pouvoir à deux. Devant les manifestations contre la tenue dudit référendum, au cours desquelles certains Congolais ont usé d’humour en utilisant le jeu de mots «Sassouffit», les forces gouvernementales ont répondu par la violence, tirant sur les manifestants et tuant cinq citoyens. La suite des choses était malheureusement prévisible : emprisonnement des leaders de l’opposition et intimidation des citoyens mettant en doute la valeur démocratique de tels référendums.

Devant ces pirouettes démocratiques effectuées par des dirigeants sans scrupule, que pouvons-nous faire?

Premièrement, sur le plan régional, les pays africains où la «vraie» démocratie règne doivent assumer leur rôle de grands frères et dénoncer les situations de violation du droit des peuples à être dûment représentés.

Ensuite, l’Union africaine doit aller plus loin et reconnaître les nouveaux putschs militaires : elle doit se donner les outils afin de pouvoir agir contre les présidents récalcitrants et les obliger à laisser leur place à une nouvelle génération de dirigeants.

La communauté internationale et les pays occidentaux ont aussi leur rôle à jouer, surtout sur le plan diplomatique : sanctions économiques visant directement les dirigeants et leur entourage et pression politique devant les instances onusiennes afin de les inciter à respecter le processus démocratique.

Finalement, pourquoi ne pas agir en sens inverse et récompenser les régimes qui ont réussi une passation du pouvoir sans anicroche? Les exemples existent : Goodluck au Nigeria et Phamba en Namibie. Souligner ainsi les cas de succès pourrait se révéler plus payant que la punition des fautifs.

Sébastien Gaudette, Travailleur humanitaire et candidat à la maîtrise en études internationales

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