L’optimisme laisse bien des êtres humains vulnérables aux malheurs qui les guettent.

Lorsque j’étais conseiller d’orientation, je recevais parfois des clients tout étonnés d’avoir perdu leur emploi ou encore découragés de voir qu’en trouver un autre se montrait si difficile. Je suis moi-même de nature un peu pessimiste et j’étais donc souvent surpris par cette attitude.

Les journaux nous informent depuis des années que le marché du travail est devenu difficile, que les nouveaux emplois sont souvent contractuels et précaires et que les travailleurs doivent changer d’emploi une ou plusieurs fois durant leur carrière. Malgré toute cette information, les gens se montrent surpris lorsqu’on leur annonce que leurs services ne sont plus requis et qu’ils doivent trouver un autre gagne-pain.

Dans leur esprit, perdre un emploi est un malheur qui n’arrive qu’aux autres; ils n’auraient jamais cru que cela leur arriverait à eux. Cette attitude pourrait être qualifiée d’insouciante et, pourtant, elle est très commune. Ce n’est que tout récemment que j’ai compris pourquoi, en découvrant les travaux de la professeure Tali Sharot, la chercheuse principale au laboratoire de recherche sur l’affectivité et le cerveau (Affective Brain Lab) de l’University College de Londres. Les travaux de Tali Sharot montrent que les êtres humains possèdent un «réflexe optimiste». Il s’agit d’une croyance suivant laquelle tout se passera bien pour nous, et ce, même si la réalité qui nous entoure se dégrade.

Cela explique, par exemple, que les gens continuent à fumer malgré le risque de cancer; ils sous-estiment leurs chances de contracter la maladie. C’est aussi pourquoi ils continuent de texter au volant; ils surestiment leur capacité de conduire en même temps et demeurent convaincus qu’ils n’auront pas d’accident.

Ce réflexe explique aussi pourquoi si peu de gens se préoccupent vraiment de leur carrière. Ils sous-estiment le risque de perdre leur emploi un jour et, comme la vie est déjà bien occupée, ils laissent de côté la gestion de leur carrière. Ils ne se soucient pas de conserver un réseau de contacts, de rester à l’affût des nouveaux postes ou d’augmenter leurs compétences. Ils vont simplement travailler chaque matin.

Ce réflexe optimiste peut aussi expliquer pourquoi l’information scolaire et professionnelle ne semble pas vraiment influencer les choix des jeunes. Ils peuvent très bien savoir que les possibilités d’emploi associées à un programme d’études sont faibles, mais ils s’y inscriront quand même, convaincus que, pour eux, ça se passera bien et qu’ils trouveront un emploi tôt après avoir obtenu leur diplôme.

Nous devons apprendre à remplacer ce réflexe par une autre forme d’optimisme. En effet, malgré toutes les difficultés que je viens de décrire, l’optimisme est nécessaire à une vie épanouie. Néanmoins, il doit être accompagné d’une évaluation aussi objective que possible de la réalité, soit autant des occasions qui s’offrent à nous que des obstacles qui peuvent contrecarrer nos objectifs. Appelons cela un optimisme réfléchi.

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