L’introduction massive des robots augmentera de façon importante le chômage et les écarts de revenus entre les mieux nantis et les salariés.

On ne compte plus le nombre d’études qui concluent qu’au cours des 30 dernières années, l’augmentation des revenus a surtout profité à ceux qui étaient déjà parmi les mieux nantis de notre société. Or, une nouvelle recherche prévoit que l’automatisation du travail augmentera encore ces inégalités.

Les chercheurs Daron Acemoglu, de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT), et Pascual Restrepo, de l’université de Boston, viennent tout juste de rendre publics les résultats de leurs travaux et constatent que le chômage augmente et que les salaires diminuent dans les régions où les employeurs utilisent un grand nombre de robots pour mener à bien leurs activités. Ils montrent que l’ajout à l’économie d’une région d’un robot pour un ensemble de 1 000 travailleurs y diminue le taux d’emploi de 0,18 à 0,34 de 1%.

Si cela semble peu, il faut savoir que le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes occupant un emploi divisé par la population en âge de travailler, soit les 15 ans et plus. Or, la population en âge de travailler, c’est beaucoup de monde : plus de 6,8 millions de personnes au Québec. De petites différences ont alors un grand impact.

Ainsi, au Québec, si on ajoutait un robot pour chaque groupe de 1 000 travailleurs durant une année, on perdrait de 11 000 à 23 000 emplois cette année-là. De même, toujours selon les résultats de l’étude, les salaires diminueraient de 0,25 % à 0,5 %, ce qui réduirait le salaire hebdomadaire moyen, qui est aujourd’hui de 858$ environ, de 2,10$ à 4,20$ – et ce, chaque fois qu’on introduirait un robot pour 1 000 travailleurs.

Quand on sait que des milliers de robots pourraient intégrer la vie économique au cours des deux ou trois prochaines décennies, il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Néanmoins, il ne faut pas s’en surprendre. Les inégalités de revenus et la montée du fameux 1%, dont les revenus sont plusieurs fois supérieurs à ceux de la moyenne des travailleurs, résultent de 30 ans d’efforts de la part des entreprises, dans le but de maximiser les profits de leurs actionnaires, sans égard à d’autres considérations.

L’introduction de robots, qui diminue, comme on vient de le voir, le besoin et les coûts de main-d’œuvre, sera encore une occasion pour eux d’augmenter les profits en éliminant l’apport des travailleurs. Tant que nous n’aurons pas réussi à réduire les inégalités, l’automatisation présentera donc un très grand danger.

Je ne suis pas un luddite, donc je ne crois pas que l’automatisation soit mauvaise en soi. Elle offre la merveilleuse possibilité de nous libérer des longues heures de travail qui caractérisent notre époque et d’augmenter notre temps libre. Malheureusement, je suis persuadé que la grande majorité des chefs d’entreprise seront insensibles à ce potentiel de libération et préféreront asservir notre destin à celui de la machine. L’avenir semble soudain bien sombre, et nous avons toutes les raisons de le craindre. À suivre!

Mario Charette prononcera deux conférences, aujourd’hui et demain, à 13h, à l’Événement Carrières, un salon de l’emploi qui se déroule au Palais des congrès. 

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