Gonfler les notes des élèves, sous prétexte de leur donner une chance, ce n’est pas les préparer aux exigences du monde du travail.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a émis récemment une directive ministérielle sur l’évaluation des apprentissages.

Le ministre a jugé nécessaire d’agir, alors qu’un sondage de la Fédération autonome de l’enseignement a révélé qu’un enseignant sur deux a déjà vu les notes qu’il avait attribuées à ses élèves être revues à la hausse par sa commission scolaire, de façon arbitraire et sans aucun accord de sa part.

Dans sa directive, le ministre rappelle aux commissions scolaires leurs obligations. Elles doivent respecter le cadre juridique applicable à l’évaluation des élèves et s’assurer que cette dernière reflète fidèlement les apprentissages qu’ils ont réellement effectués. En somme : il ne faut jamais gonfler les notes!

Le ministre Proulx a raison de rappeler les acteurs à l’ordre. L’évaluation des apprentissages est notre principal outil pour juger de la performance du système scolaire et décider des améliorations à apporter à l’enseignement. Or, si les commissions scolaires se mettent à gonfler les notes des élèves, elles cesseront de diffuser des données fiables et il n’y aura plus aucun moyen de juger de la qualité des apprentissages.

De la même façon, les parents qui ont à cœur la réussite de leurs jeunes se verront privés de toute information crédible sur la performance de ces derniers. De plus, comme je l’ai expliqué dans une précédente chronique, un élève dont on augmente arbitrairement les notes pour le «faire passer» abordera les apprentissages subséquents sans la maîtrise des savoirs préalables dont il a besoin; il lui sera alors beaucoup plus difficile de réaliser ces nouveaux apprentissages, ce qui le conduira souvent à l’échec et à l’abandon.

Tout cela est déjà très sérieux, mais à mon avis, il y a encore pire. Quel message envoyons-nous à ces jeunes dont nous avons, croyant bien faire, gonflé les notes? En fait, qu’il n’y pas de conséquence à nos gestes. Qu’il réalise ou non les apprentissages qu’on attend de lui, un jeune obtiendra la note de passage. Alors, pourquoi faire des efforts?

La réalité s’avère tout à fait différente sur le marché du travail. Qu’arrive-t-il à un manœuvre qui refuse de respecter les règles de sécurité? Il finira vraisemblablement par perdre son emploi. Qu’arrive-t-il à un commerçant qui n’arrive pas à garder ses étagères pleines? Son chiffre d’affaires baissera. Qu’arrive-t-il à un consultant (avocat, conseiller financier, etc.) qui donne de mauvais conseils? Sa clientèle diminuera. Il y a toujours des conséquences à de pauvres performances.

Nous oublions trop souvent que l’éducation ne consiste pas à élever des enfants 
(une expression odieuse), 
mais bien plutôt à les aider à devenir des adultes. Au lieu de gonfler leurs notes, il serait mieux de les aider à reconnaître les conséquences de leurs gestes et à améliorer leurs performances.

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