Métro Il est temps de rappeler aux universités que leur premier rôle, celui qui justifie leur existence aux yeux de la population, est la transmission du savoir.

Les recteurs s’opposent fermement à la compression de 140 M$ exigée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, car ils affirment avoir besoin de fonds supplémentaires. Mais pour quoi au juste?

Le ministre Duchesne a demandé aux universités de couper pas moins de 140 M$ dans leurs budgets dès cette année. Comme il fallait s’y attendre, les recteurs ont vite dénoncé ces coupures et ont même clamé que c’était l’impossible. Alors qu’ils s’attendaient à de nouveaux revenus grâce à l’augmentation des droits de scolarité, voilà qu’ils doivent plutôt faire face à des budgets amputés, en plus de devoir assumer une facture supplémentaire pour la grève du printemps dernier.

Il n’y a pas de doute que tout cela va causer bien des remous au Sommet sur l’enseignement supérieur en février. Le gouvernement risque de se retrouver isolé dans sa volonté de réduire les budgets, car les étudiants ont eux aussi dénoncé les coupures, y voyant un autre signe du désengagement de l’État à l’égard de l’éducation. Le gouvernement les justifie en citant l’objectif du déficit zéro et explique que les universités doivent faire leur part pour l’atteindre.

Je ne suis pas en mesure de juger quel devrait être le budget des universités. Je crois que très peu d’entre nous sont vraiment en mesure de se prononcer là-dessus. Mails c’est plus fort que moi. Chaque fois que j’entends les recteurs dire que nos universités ont besoin de plus d’argent, je me demande toujours pour faire quoi au juste.

Je me souviendrai toujours du commentaire d’un de mes professeurs qui m’a dit un jour tout bonnement que l’université était devenue une machine qui pouvait très bien fonctionner sans les étudiants. C’était sa façon de dire qu’au cours des dernières années, l’enseignement avait perdu beaucoup d’importance au sein des établissements universitaires. Les professeurs sont maintenant évalués d’abord et avant tout pour leurs capacités de chercheur, pas pour leurs talents de pédagogue, et beaucoup de leur temps est donc maintenant consacré à la recherche.

C’est ce qui explique que tant de cours de premier cycle soient offerts par des chargés d’enseignement, qui doivent souvent en accepter la responsabilité à la dernière minute pour parfois découvrir que le cours manque de préparation et qu’ils doivent improviser leur enseignement. Malgré leur bonne volonté, il leur est alors très difficile de bien faire.

Lorsque les recteurs réclament plus de fonds pour que nos universités demeurent des établissements de classe mondiale, cela signifie en pratique plus de temps consacré à la recherche par les professeurs et moins à l’enseignement, car c’est par le nombre et la pertinence de leurs publications que les universités se distinguent sur la scène internationale.

Il est temps de remettre en question l’importance accordée à la recherche et au rayonnement et de rappeler aux universités que leur premier rôle, celui qui justifie leur existence aux yeux de la population, est la formation de la relève. Avant de parler budget, il faudra réfléchir aux façons de refaire de l’enseignement la priorité.

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