En exigeant des revenus prévisibles, les universités nous rappellent qu’elles vivent dans un univers parallèle.

Dans une lettre d’opinion surréaliste parue récemment dans Le Soleil (Universités, gérer dans l’incertitude), la rectrice de l’Université de Sherbrooke, Luce Samoisette, et le président-directeur général de la Conférence des recteurs (CRÉPUQ), Daniel Zizian, se plaignaient de devoir gérer les universités dans un environnement financier instable.

D’après les deux signataires, les universités ont besoin non seulement de plus de financement, mais que ce dernier soit stable et prévisible. Sans équivoque, ils nous disent qu’une telle prévisibilité est la condition essentielle d’une saine gestion des universités et d’une planification réaliste de leur développement.

Il n’y a pas de doute que les universités se trouvent en ce moment devant un énorme défi de gestion. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, les a complètement prises par surprise en leur ordonnant d’économiser la somme de 124 M$ d’ici le mois d’avril. Les universités avaient plutôt prévu une augmentation de leurs revenus cette année.

Il aurait été bon, néanmoins, de se garder une petite gêne. En demandant que le gouvernement leur assure un financement stable et prévisible, les universités n’attirent pas la sympathie. En effet, de moins en moins des gens peuvent compter sur des revenus stables et prévisibles.

Au Québec, il existe des milliers de commerçants, d’entrepreneurs et de chefs de petites entreprises dont le chiffre d’affaires change d’année en année et qui n’ont d’autre choix que de gérer l’incertitude. De plus, environ un travailleur sur six au Québec est un travailleur autonome qui doit constamment gérer l’incertitude de ses revenus.

La grande entreprise n’est pas non plus à l’abri de l’incertitude financière et des aléas de l’économie. En 2007, Research in Motion (RIM) était une des entreprises les plus profitables au Canada et semblait promise à un avenir glorieux. Cinq ans plus tard, ses produits ne se vendent presque plus et les acheteurs potentiels se mettent en file pour ronger les os de sa valeur restante.

Dans le privé, l’idée de connaître à l’avance le montant des revenus qu’on aura à gérer semblera tout à fait incongrue. Gérer ne consiste-t-il donc pas à faire face à l’incertitude, justement?

Pas pour les universités, semble-t-il. Elles veulent savoir combien d’argent elles recevront et ne sauraient tolérer la moindre incertitude. Évidemment, comme nous le rappellent les deux signataires de cette lettre, 80 % de leurs dépenses sont liées à la rémunération et sont incompressibles, puisqu’elles ont été engagées à la suite d’une entente collective. Donc, comme le gros de leurs dépenses est prévisible, elles ont aussi besoin de revenus prévisibles.

Les universités, comme le reste du secteur public, évoluent donc dans un univers parallèle ou la certitude financière est exigée, alors qu’elle n’existe presque pas ailleurs. Voilà un constat à garder à l’esprit en vue de la prochaine rencontre préparatoire au Sommet sur l’enseignement supérieur, qui portera justement sur le financement.

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