Métro Si on admet dans les programmes d’enseignement uniquement le nombre de jeunes qu’on peut ensuite intégrer convenablement au marché du travail, pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour tous les programmes universitaires?

Le ministre François Blais réduit le nombre de candidats aux baccalauréats en enseignement pour l’adapter au marché du travail. Se rend-il compte du précédent qu’il crée?

La semaine dernière, le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, annonçait un contingentement ministériel pour les programmes de formation des enseignants. Cela signifie qu’à l’avenir, le ministère décidera du nombre d’étudiants qui pourront être admis dans ces programmes et leur imposera un critère minimal de performance scolaire.

Cette nouvelle mesure vise à attirer de meilleurs candidats. Il y a des années que les intervenants se succèdent pour dénoncer les lacunes des nouveaux enseignants, particulièrement leur faiblesse en français. Moins de la moitié des étudiants en enseignement réussissent au premier essai le TECFÉE, le test de français dont la réussite est pourtant nécessaire à l’obtention de leur diplôme et d’une autorisation d’enseigner. On permet à certains de le reprendre jusqu’à six ou sept fois, ce qui lui enlève toute valeur et le transforme en farce.

Plusieurs accueilleront positivement ce rehaussement des exigences d’admission, mais ce n’est pas là l’élément le plus important de cette nouvelle. En effet, le but d’un contingentement n’est pas seulement d’augmenter la qualité des étudiants admis, mais aussi d’en réduire le nombre. Le ministre Blais a d’ailleurs affirmé qu’à son avis, le nombre des nouveaux diplômés en enseignement dépassait les besoins des établissements.

Les chiffres semblent lui donner raison. Selon Service Canada, au secondaire, seulement 57% des enseignants détenaient un emploi à temps plein et permanent durant l’année scolaire 2006-2007. Environ 20% occupaient des postes de remplaçants ou de surnuméraires et un autre 25% occupaient des postes à temps partiel, à forfait ou à la leçon. Toujours en 2006-2007, seulement 65% des professeurs gagnaient un plein salaire.

À ma connaissance, c’est la première fois qu’un ministre de l’Éducation affirme publiquement qu’il est nécessaire d’ajuster le nombre de jeunes admis dans un programme de formation universitaire aux besoins du marché du travail (sauf pour le doctorat en médecine). Les universités sont payées, comme on le dit facétieusement, «par tête de pipe». La subvention de fonctionnement qu’elles reçoivent du gouvernement provincial est basée sur le nombre d’étudiants qu’elles admettent dans leurs programmes. Il est donc à leur avantage d’admettre le plus d’étudiants possible, surtout dans les programmes où les coûts associés à la formation sont faibles (l’enseignement ou les sciences sociales, par exemple). Sans considération pour leurs possibilités de placement après les études.

Le ministre a reconnu que le contingentement qu’il impose aura un effet négatif sur le financement universitaire, mais en justifie la nécessité par l’importance de la profession enseignante. On sera d’accord avec lui, mais se rend-il compte du précédent qu’il crée?

Si on admet dans les programmes d’enseignement uniquement le nombre de jeunes qu’on peut ensuite intégrer convenablement au marché du travail ensuite, pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour tous les programmes universitaires? Tout cela n’implique-t-il pas que les difficultés d’insertion de nombreux diplômés universitaires résultent du financement «par tête de pipe»?

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