Getty Images/iStockphoto Bien des jeunes ne comprennent pas pourquoi il leur faut étudier la philosophie et la littérature française alors qu’ils se sont inscrits en technologie de l’électronique ou en techniques infirmières, par exemple.

Les jeunes ne comprennent pas l’utilité de la formation générale, probablement parce qu’ils ne reçoivent pas celle dont ils ont besoin.

Les cégeps offrent divers types de cours, dont des cours de formation générale (philosophie, français ou anglais, par exemple) et des cours de concentration, qui permettent d’acquérir les savoirs et les techniques propres à un métier. Lorsque les cégeps sont remis en question – ce qui se passe régulièrement au Québec –, c’est surtout la formation générale qui est la cible de la critique.

Le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) a d’ailleurs rendu publique une enquête sur la pertinence de la formation générale au cégep. Pourquoi continuer à offrir une telle formation après l’école secondaire? La formation générale est-elle utile dans un cégep?

Le gros problème de la formation générale, c’est que les étudiants et, souvent, leurs parents n’y voient aucune valeur.

À ces questions, le rapport du CRIPFE répond clairement par l’affirmative. Après avoir réalisé un sondage auprès de 166 enseignants et avoir procédé à une revue des recherches, le rapport conclut que la formation générale permet aux étudiants de développer leur autonomie et leurs compétences en écriture et en lecture. Elle leur permet aussi d’acquérir un fonds culturel commun, ce qui fait partie de la mission des cégeps depuis leur début. Il n’y aurait donc pas de raison de la remettre en question. Elle peut être améliorée, mais elle a surtout besoin qu’on la mette en valeur auprès des étudiants et du grand public.

Le gros problème de la formation générale, c’est justement que les étudiants et, souvent, leurs parents n’y voient aucune valeur. Comme je l’ai souvent constaté dans ma pratique, bien des jeunes ne comprennent simplement pas pourquoi il leur faut étudier la philosophie et la littérature française alors qu’ils se sont inscrits en technologie de l’électronique ou en techniques infirmières. C’est compréhensible. À ce moment de leur vie, ces jeunes désirent d’abord et avant tout s’émanciper et se préparer à entrer sur le marché du travail. Dans leur esprit, leurs études collégiales devraient leur permettre d’atteindre ces objectifs. Un cours qui ne les y aide pas est pour eux une perte de temps.

Ce que les jeunes oublient, c’est qu’ils seront confrontés, en tant qu’adultes, à de nombreux problèmes de société. Ils ont besoin d’une formation minimale en sciences humaines et sociales pour comprendre ces problèmes et réfléchir à des solutions possibles. Quelles seront les conséquences de l’augmentation des inégalités? Comment notre société peut-elle éviter de devenir une dictature des riches? Les énergies renouvelables peuvent-elles répondre à nos besoins? Le remplacement des travailleurs par des robots entraînera-t-il un chômage catastrophique? Comment s’assurer que le travail des robots profite au plus grand nombre?

Voilà des exemples de questions auxquelles ces jeunes devront un jour trouver des réponses! Pour les aider, ne devrions-nous pas organiser la formation générale au cégep autour de ces grandes questions du XXIe siècle? Les dimensions philosophiques, historiques, sociologiques et économiques de chacune pourraient être présentées. Je suis convaincu que les jeunes seraient beaucoup plus intéressés par cet aspect de leur formation.

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