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Les universités ne peuvent plus ignorer les coûts sociaux et personnels d’une sur-scolarisation croissante.

Le Directeur parlementaire du budget (DPB) a soumis la semaine dernière un rapport sur l’état du marché du travail canadien.

Une de ses conclusions : les jeunes diplômés universitaires sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi qui ne correspond pas à leur niveau d’études. En 2012, environ un diplômé sur trois occupait un emploi qui n’exigeait pas de diplôme universitaire. En 2014, c’était le cas de 40 % de ces diplômés, pourtant en tout début de carrière. Durant la même période, la proportion des diplômés occupant des emplois qui correspondaient à leurs études a diminué, passant de 62 % à 55 %.

Le DPB relève également que les diplômés en gestion, en sciences humaines et en sciences sociales occupent plus souvent que leurs pairs des emplois pour lesquels ils sont sur-scolarisés.

Les diplômés du collégial semblent un peu mieux tirer leur épingle du jeu. La proportion d’entre eux qui occupent un emploi lié à leur formation était de 50 % en 2014, alors qu’elle était de 45 % en 1998. Quelque 37 % de ces diplômés sont sur-scolarisés.

Ce ne sont pas des raisons générales qui poussent le DPB à s’intéresser à la sur-scolarisation. Nos gouvernements ont investi massivement dans l’éducation parce qu’ils ont cru qu’un niveau élevé de formation conduirait à une augmentation de la richesse, et donc des revenus provenant des impôts. Or, les diplômés sur-scolarisés se retrouvent très souvent dans des emplois faiblement rémunérés et ne paient de ce fait pas grand-chose au fisc. Les gouvernements subissent donc une perte chaque fois qu’un jeune ne peut trouver un emploi qui correspond à ses études, parfois pendant de nombreuses années.

Ces coûts sociaux s’accompagnent de coûts psycho­logiques importants. Nos jeunes ont de belles et grandes aspirations, que nous avons d’ailleurs encouragées. S’ils ont fait des études universitaires, c’est souvent afin d’obtenir un emploi qui leur permette de participer au progrès de la société. Certains y attachent plus d’importance qu’à la rémunération. Évidemment, lorsqu’ils se retrouvent dans des emplois anodins qui leur semblent sans avenir, ils se sentent déçus et trompés et plusieurs perdent leur
enthousiasme.

Les universités sont-elles responsables des effets de la sur-scolarisation? Elles vous diront bien sûr que non, que leur seul rôle est de former, et qu’elles ne peuvent contrôler le marché de l’emploi et son influence sur le parcours de leurs diplômés. C’est juste en bonne partie, mais elles devront malgré tout agir un beau jour. Si la tendance se maintient, un diplômé sur deux occupera bientôt un emploi pour lequel ses études n’étaient pas nécessaires. Où se trouve le point de rupture, celui où un nombre suffisant de jeunes et de parents remettent en question la valeur d’un diplôme universitaire, pour que le nombre de demandes d’admission commence à diminuer?

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