Jacques Boissinot/La Presse canadienne Pauline Marois

Grosse première journée au bureau pour Pauline, hier, vous ne trouvez pas? Une première réunion du conseil des ministres avec pour ordre du jour l’annulation de la hausse des droits de scolarité et de la taxe santé, l’abrogation de la loi 12 (dite loi 78), la résiliation du prêt à la mine Jeffrey et la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly 2.

Et avant même qu’elle ait pu donner son tout premier point de presse, sa nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, portée par l’enthousiasme, a déjà annoncé que le moratoire sur l’exploitation et l’exploration des gaz de schiste au Québec sera permanent, propos que la Première Ministre a dû atténuer plus tard.

Elle est bien cette belle flamme de la jeunesse, cette parole libérée, sans langue de bois, mais je ne suis pas certain que ce gouvernement minoritaire ait intérêt à laisser ses ministres faire des annonces à l’improviste dans des parkings avant qu’on ait au moins rédigé un communiqué. Marois ne doit pas avoir hâte que Bernard Drainville pique une jasette entre deux réunions avec des journalistes sur les référendums d’initiative populaire.

Parlant de discipline, Pauline Marois n’avait pas encore eu le temps de poser sur son bureau ses photos de famille qu’une première chicane de péquistes voyait le jour. C’est qu’une certaine Noëlla Champagne, modeste députée de Champlain, a menacé de quitter le caucus du parti parce qu’on n’a pas honoré son droit inaliénable de devenir ministre en tant qu’habitante de la jolie région de la Mauricie. Tiens, le « ministère des drôles de démarches » lui irait parfaitement bien. N’essayez pas de comprendre, c’est de l’humour anglais.

Mais bon, répétons-le : plus de hausse, plus de gaz, plus de nucléaire, plus de taxe, plus de manifs, plus de députée de la Mauricie. Et ainsi revinrent, en ces terres hostiles et inhospitalières, la paix sociale, l’harmonie, l’amour de son prochain et les crises de mauvaise foi(e) d’Éric Duhaime (http://www.radioego.com/ego/listen/11921).

En même temps, on devait s’y attendre à toutes ces annonces. D’ailleurs, c’est votre surprise qui me surprend. Ne sont-elle pas en parfaite cohérence avec le programme et les promesses du Parti québécois?

Ah, c’est grâce à la rue dites-vous? Grâce au mouvement étudiant, « le plus gros lobby au Québec », selon leurs représentants. C’est drôle, Duhaime et cie disent exactement la même chose. Comme si des partis politiques, leurs élus, leurs militants ne portaient pas des valeurs en soi, comme s’ils n’avaient pas des convictions et que, finalement, ils ne carburaient qu’à l’opportunisme et à l’électoralisme.

On voit bien comment neuf années d’affairisme, d’arrogance et d’effronterie – se drapant dans les vertus de la responsabilité, de l’efficacité et du pragmatisme – peuvent faire des ravages profonds. À gauche comme à droite. Et ce, non seulement sur nos orientations politiques, mais plus important encore, dans notre conception même de la politique.

Bien sûr que les manifs ont ébranlé le pouvoir, fait retarder des décisions, provoqué des élections et forcé des positionnements de part et d’autres et donc, changé le cours des choses. Mais sans l’élection de députés prêts à porter ces revendications, sans prise de pouvoir, les manifestations restent aussi exaltantes que vaines.

Le cynisme, c’est avant tout perdre espoir. Et hier, j’ai l’impression que nous sommes plusieurs à en avoir un peu regagné.

blog comments powered by Disqus