Ça y est, le soupçon permanant de xénophobie qui plane au-dessus de tout ce qui est projeté sur les écrans québécois peut être levé. Les bonnes âmes de la province peuvent enfin respirer tranquille car le grand succès du cinéma de l’été, Starbuck, met en scène une famille de Québéco-Polonais, des Polaquois, si vous préférez.

Je ne sais pas pour les autres communautés, mais les hordes de Polonais d’ici vont certainement s’y ruer, eux qui furent tant occultés par nos médias ethnocentriques depuis la fin de la série Le Polock (1999), le film Nuages sur la ville de Simon Galiero (2010) et l’élimination l’autre jour d’Aleksandra Wozniak à la Coupe Rogers.

En tout cas, j’en connais au moins un de ces derniers qui ne partage pas cet enthousiasme. Mon frère d’arme blogueur sur Cyberpresse, Jozef Siroka. Plutôt rabajoivski, il souligne que le héros David Wosniak (tiens tiens), interprété par Patrick Huard, et son petit univers, ne sont pas super crédibles dans leur polonitude et qu’en fait, cet élément ethnique du film est maladroit, bâclé et arbitraire. Un Polonais qui a le portrait de Jean-Paul II accroché chez lui ne risque pas de porter un prénom juif, son nom de famille est mal orthographié et pour un est-européen – même de 2e génération – le protagoniste fait un peu moumoune. Là-dessus, par contre, il souligne qu’il s’agit peut-être d’un beau succès d’intégration.

Bref, selon Siroka, tant qu’à y être, les scénaristes Ken Scott et Martin Petit auraient pu prendre n’importe quelle communauté de pays de l’Est, ou même, encore plus simple, des Québécois de souche.

Mais pourquoi mettre en scène une communauté qu’ils ne connaissent manifestement pas? Bien sûr, le scénario pouvait nécessiter des immigrants – plus crédibles en famille de bouchers – mais dans ce cas-là pourquoi ne pas avoir approfondie un peu leurs recherches. C’est que la raison principale de leur choix n’a rien à voir avec un quelconque désir de représenter une réalité multiethnique du Québec. C’est un brin plus subtil…

En fait, il s’agit d’un pas vers cette «multiculturisation» de notre cinéma que je craignais tant dans un billet précédent. J’avais peur qu’en réaction aux critiques moralisatrices quant à la pseudo-fermeture des films québécois, «nos cinéastes se sentent de plus en plus obligés de saupoudrer leurs films de Tamouls juste pour montrer leur ouverture». On n’a pas eu à attendre très longtemps: voici donc un exemple parfait de ce saupoudrage, cette fois-ci de Polonais.

Vous êtes contents? On peut cocher «ouvert sur le monde» à côté du film? Si par ouvert sur le monde, vous voulez dire «prêt pour exportation», lâchez-vous lousses.

Il y a de bonnes chances pour que les auteurs de Starbuck aient été davantage préoccupés par son caractère exportable que par l’authenticité du fait polonais. On voulait s’assurer dès l’écriture du scénario que tous les éléments du film puissent être adaptables à d’autres marchés pour rentabiliser le film à l’étranger. Non pas avec des sous-titres ou du doublage – que Dieu nous en garde – mais sous forme de remake.

Dans la version américaine, nous verrons sûrement un Steve Carell à la place de Huard, le boucher sera peut-être italien ou juif et ça va se dérouler à Brooklyn ou à San Francisco. Et, même si ce remake risque, comme c’est souvent le cas, d’être moins bon que l’original, tout le monde va s’y reconnaître, y compris les Polonais de Montréal.

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