Saviez-vous qu’il y a pleins de Philippins à Montréal et qu’ils ont de la bouffe, des fêtes et des églises philippines? Fascinant, n’est-ce pas? Même qu’ils font des karaokés philippins. Si vous voulez les observer dans leur habitat naturel, débarquez au métro Plamondon et épiez-les discrètement sans faire de bruit. Si vous être chanceux, vous pourrez peut-être même les apercevoir en compagnie de leurs petits (également philippins).

C’est le genre de choses on ne peut plus extraordinaires que nous apprend la radio de Radio-Canada grâce aux chroniques hebdomadaires de la journaliste de La Presse Laura-Julie Perreault qui nous invite cet été à «voyager à travers le monde sans quitter la ville». C’est à cette dernière qu’on doit le livre et le blogue Montréal Multiple lancés l’an passé, coécrits avec son collègue Jean-Christophe Laurence.

Il me semble qu’à une autre époque, ces deux journalistes auraient raffolé des expositions coloniales, ces zoos humains où on exhibait des familles amenées des Indes, de l’Afrique et de la Polynésie au milieu d’Amsterdam, Paris et Londres. On y invitait, là aussi, le public à «faire le tour du monde en un jour» dans des pavillons où on reconstruisait artificiellement leurs villages. Il y a 80 ans encore, ces événements faisaient déplacer – dans une troublante unanimité – des dizaines de millions de visiteurs tout aussi ouverts à la diversité et friands d’exotisme que ceux qui achètent le livre de nos amis de La Presse.

Avec la différence que la mission civilisatrice est aujourd’hui inversée. À l’époque, ce sont les Occidentaux qui apportaient les Lumières aux indigènes, de nos jours ce sont ces derniers qui nous «ouvrent sur le monde». Hier les colonies avec leurs indigènes étaient présentées comme les symboles de la supériorité de notre civilisation comme le sont maintenant nos métropoles cosmopolites avec leurs immigrants.  

Entendons-nous, je suis toujours preneur pour un carnet d’adresses bien garni qui me fait connaître des bons restos et des spectacles venus d’ailleurs. Or, apparemment, ma capacité d’émerveillement s’est dissipée quelque part autour du métro Snowdon il y a trop longtemps pour que je choisisse de passer mes fins de semaines à découvrir la «diversité montréalaise» en m’offrant une séance de vaudou ou en me faisant épiler chez une esthéticienne laotienne comme nous le propose leur livre.  

Ici, ce n’est pas tant le sujet qui est insignifiant que son traitement: cette approche infantilisante, caricaturale et forcément condescendante. «Goûtes-y à c’qu’elle fait la madame, c’est-tu pas assez bon, ça? J’vous dis, sont ben différents nos immigrants, mais sont fins pareils.»

On se leurre à croire qu’on apprend grand-chose sur les Mexicains en se saoulant à la téquila ou sur les Suédois pendant qu’on se fait masser au spa Scandinave du Vieux-Port. Pas plus qu’on apprendrait à connaître les Québécois (les «fans de poutine», selon Montréal Multiple) en allant voir une messe à l’Oratoire Saint-Joseph.

Vous voyez cette dame philippine assise sur le banc au parc Mackenzie? Je suis certain qu’il y a des chefs-d’œuvre littéraires à pondre sur l’éprouvante respiration qu’elle prend chaque matin avant d’aller s’occuper du ménage chez les Shuster de la rue Victoria. Mais je suis convaincu que pour y arriver, il faut d’abord en revenir. En revenir de sa différence – de sa race – qui semble obséder tant.

En fait, vous avez peut-être raison, l’observation de ces «communautés culturelles», c’est un peu comme l’observation des macaques au zoo, plus on les regarde, plus ils nous ressemblent… et plus on se demande à quoi elle sert cette foutue cage.

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