Avez-vous entendu parler de cette représentante d’un groupe musulman qui, au nom de sa religion, a refusé de serrer la main des députés lors d’une commission sur les accommodements raisonnables? Interrogée sur son geste et sur la responsabilité qu’ont les immigrants de faciliter leur propre intégration, elle a rétorqué, un peu offusquée, que c’était à la société d’accueil de s’adapter et de s’habituer à cette nouvelle réalité (voir à la fin de ce billet).
Je connais l’endroit parfait pour en jaser, idéal pour aborder la question de l’intégration des immigrants sereinement, loin de l’alarmisme des uns et de l’angélisme des autres. Non, ce n’est ni à Montréal-Nord ni dans un colloque de l’UdeM. Je vous y accompagnerais volontiers, il s’agit d’un coin de pays que j’affectionne tout particulièrement. Malheureusement, je suis débordé et, motadine, la ligne bleue n’est toujours pas prolongée vers l’est.
Je vous avertis, il va falloir sortir de Montréal! Pas de panique, bouclez votre ceinture, ça va bien aller. En sortant de l’île par la rive-sud, tournez à gauche et après une dizaine d’heures de route vous serez arrivé à destination : Carleton-sur-Mer, en Gaspésie.
Rendu en ville, descendez vers la plage et arrêtez-vous à la Brûlerie du Quai. Un sympathique bonhomme, un vieux Gaspésien comme il ne s’en fait plus, vous attendra à l’intérieur au bord de la fenêtre. Vous ne serez pas dépaysé. Vous aurez l’impression d’être sur Saint-Denis, Lhasa De Sela en musique de fond et des clients qui ont l’air de sécher leur cours de sciences humaines avec pas de math au Cégep du Vieux.
Regardez maintenant à travers la vitre et ne soyez pas trop distrait par le singulier paysage de la Baie-des-Chaleurs. Jetez plutôt un coup d’œil vers le restaurant de fruits de mer d’en face. Soyez patient. Entre deux services, vous finirez par voir surgir le propriétaire, un musulman, suivi de sa femme… voilée. Dieu est peut-être omniprésent, mais avouez que ça reste déroutant de rencontrer, comme ça, Allah en Gaspésie.
«Lui, c’est Mustapha, le chef, et elle, sa femme», expliquera votre hôte, avant de rajouter «avec son foutu chiffon sur la tête». Raciste et xénophobe, vous dites? Holà les grands mots, respirez par le nez l’air frais de la mer, on s’était promis de rester sereins. Ignorant, insistez-vous? Bof. Il ne fait peut-être pas trop la différence entre un hidjab, un niqab, une burqa et un linge à vaisselle, mais il distingue parfaitement un frêne d’un bouleau ou d’un tremble. Chacun ses champs d’expertises, chacun son ignorance.
Parlez-lui. Sachez seulement qu’il pogne lui aussi Christiane Charette chaque matin à Radio-Can, pas la peine donc de lui servir un petit laïus sur la pénurie de main d’œuvre, le choc démographique, la régionalisation de l’immigration, le vivre-ensemble. À partir de là, posez-lui toutes vos questions : «Qu’avez-vous fait pour que cette musulmane se sente chez elle? Et votre femme, l’a-t-elle invitée au Cercle des fermières pour qu’elle s’éclate un peu?»
Écoutez-le. Il vous apprendra sûrement que nos deux immigrants ne sont ni les premiers ni les seuls du coin. Il y a même un Breton, pour tout vous dire! Notre Gaspésien s’entend plutôt bien avec tout ce beau monde, mais que voulez-vous, même s’il raffole du saumon à l’amérindienne que prépare le mari, le foulard islamique de son épouse détonne trop à son goût dans ce paysage au bord de cette mer qui l’a vu grandir et vieillir. Fermé d’esprit, concluez-vous? C’est vous qui le dites. Mais ça aiderait, me semble, et c’est là où on voulait en venir, si cette femme acceptait de lui serrer la main de temps en temps.
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Au retour, pour me remercier de vous avoir fait sortir de la ville, arrêtez à Trois-Pistoles et ramenez-moi du fromage qui fait kwick-kwick.
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Vidéo: La main tendue Benoît Charette