«S’il y a une tradition québécoise à conserver, ce n’est pas la poutine ou la xénophobie. S’il y a une tradition québécoise à conserver, c’est celle que les étudiants et les étudiantes du Québec sont en train de transmettre. Une tradition de lutte, de lutte syndicale, de lutte étudiante, de lutte populaire.»

C’est par cette phrase que l’impressionnant et omniprésent leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois a conclu son envolée lyrique à l’événement «Nous?» qui a eu lieu en fin de semaine et où les usual suspects des causes sociales et du nationalisme québécois se sont donnés rendez-vous pour réciter des textes qui exprimaient «comment rendre visible, opérante la liberté qui nous caractérise et qui nous échappe en même temps».

N’ayons pas peur des mots, le discours du jeune porte-parole étudiant avait des accents révolutionnaires. Pas révolutionnaire au sens de l’originalité, mais dans le sens de ce désir assumé de voir les choses changer radicalement au Québec. Un discours hyperbolique, tranché et sans compromis, au nom du Peuple, contre les intérêts privés des «élites gloutonnes» et en faveur du «bien commun». Un discours auquel je ne suis pas complètement insensible, mais qui ne m’aurait pas convaincu d’arborer le carré rouge, si je ne le portais pas déjà. Pour tout vous avouer, j’ai déjà organisé une grève pour l’abolition de la mondialisation capitaliste et pour l’instauration de l’autogestion à l’université. Je vous en parle avec un brin de fierté même si de souvenir, l’UQAM a fini par rouvrir ses portes tout juste avant qu’on atteigne notre but et l’argent fait, hélas, encore le bonheur.

Cela dit, permettez-moi de revenir sur la boutade du jeune homme: «S’il y a une tradition québécoise à conserver, ce n’est pas la poutine ou la xénophobie…». Pardon? La xénophobie, une tradition? Une tradition québécoise de surcroît? Une sorte de spécialité locale qu’on se plairait à cultiver et à exporter aux côtés du sirop d’érable et des chanteuses populaires?

Une boutade est une boutade, vous avez raison, mais elle ne devrait pas autoriser à dire n’importe quoi. La poutine est une tradition québécoise, ok, nous sommes morts de rire, mais affirmer, même à la blague, que les Québécois (et Québécoises) seraient xénophobes de père en fils (et de mère en fille), est un peu grossier. Je ne nierai évidemment pas qu’il y a des racistes au Québec, mais je ne pense pas qu’on leur donne l’exemple en colportant de tels clichés et généralisations.

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En fait, qui sont, en réalité, selon Gabriel Nadeau-Dubois, ces xénophobes mangeurs de poutine? Sûrement pas nos élites médiatiques, d’affaires et politiques qui sont à peu près unanimes pour que le Québec accueille 55 000 immigrants par année, ce qui ne dénote pas a priori une peur démesurée de «l’étranger», vous en conviendrez.

Il devait plutôt penser à ce mononcle au dîner de Pâques qui a lancé que ça n’avait plus de maudit bon sang ces affaires déraisonnables de Noirs hassidiques qui s’imposent avec leur porc halal. Il pensait peut-être à ces courriels qui renvoyaient Rima Elkouri dans son pays ou à ces commentateurs anonymes qui pourfendent les voiles islamiques des syndicats multiculturels anglicisants sur des blogues plus ou moins obscurs.

J’ai bien peur que sa définition des Québécois porteurs de la tradition xénophobe était tout sauf inclusive. Ici, il pointait, en le rejetant, ce peuple ignorant, bien plus que ses élites. Ce faisant, il a maladroitement pris, pendant quelques secondes, la posture du Québec d’en-haut de Jean Charest et compagnie.

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