Alexis Fortin Robitaille/monscoop@journalmetro.com

J’aimerais profiter de la paix sociale qui est désormais édifiée grâce à la finesse politique de notre Grand Bâtisseur pour faire un petit rappel historique.

Il y a 5 ans, la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) a déposé deux recours contre le gouvernement Charest, se disant «victime d’un abus de pouvoir du gouvernement» après que celui-ci eût mené de «pseudonégociations» avec eux. Les médecins spécialistes voulaient faire annuler la loi spéciale imposée par le gouvernement, convaincus que celle-ci allait à l’encontre des chartes des droits et libertés.

J’ai bien peur que les ressemblances avec la crise étudiante actuelle s’arrêtent à peu-près ici. C’est que le gouvernement de Jean Charest a fini par céder au syndicat des médecins spécialistes après 8 mois de négociations. Ces derniers, qui avaient quand même un pas pire salaire moyen de 250 000$ par année, ont finalement obtenu une augmentation moyenne de 92 000$ par médecin!

Avant même d’accepter de s’assoir avec le gouvernement, la FMSQ a exigé (et obtenu) l’abolition de la loi spéciale qui venait d’être votée. Dans les faits, cette loi leur imposait certaines conditions salariales et de pratique qui les empêchaient notamment de soigner moins de patients pour exercer des moyens de pression…

Ah oui, l’augmentation salariale de ces 8000 médecins sur 10 ans, qui coûte 1,3 milliard de dollars aux contribuables, provient principalement de cette fameuse «taxe santé» de 200$ que les Québécois doivent maintenant payer chaque année en plus de leurs taxes et impôts.

C’est bizarre, mais le gouvernement libéral à l’époque n’a ni ignoré ni banalisé les revendications des médecins spécialistes, ne les a pas traités de corporatistes et de «socialement irresponsables», n’a pas fait de grandes envolées sur l’équité entre contribuables et la démocratie au nom de la majorité silencieuse, n’a pas refusé de rencontrer leurs représentants et n’a pas hésité à nommer un médiateur quand ils l’ont exigé. Et surtout, personne n’a dit qu’il s’agissait là de caprices d’enfants gâtés.

Au contraire. Le gouvernement a suspendu sa loi et poursuivi les négociations même si les médecins avaient boycotté la supervision des stages cliniques des étudiants et refusé de poursuivre des activités pédagogiques qui risquaient de mettre en péril la diplomation de cohortes d’étudiants en médecine. Eh non, ni le ministre de la Santé ni celui de l’Éducation n’avaient encouragé ces étudiants à demander des injonctions aux tribunaux même si leur «accès à l’éducation» était brimé.

On a oublié, mais les obstétriciens-gynécologues avaient même menacé de cesser de faire des accouchements! «Ils ont exprimé leur impatience… Ce n’est pas une consigne de la fédération, mais à la limite, je les encourage», avait alors déclaré le président de la FMSQ, Gaétan Barrette avant d’ajouter: «Nous nous assurerons que les moyens de pression à notre portée prennent la plus grande ampleur possible».

C’est drôle, mais Jean Charest ne lui avait pas demandé de se dissocier de leurs membres les plus radicaux ou de condamner les gestes d’intimidation.

«Voilà un dénouement heureux à une crise larvée qui privait le système de santé de la sérénité dont il a besoin» avait conclu, à l’époque, Alain Dubuc de La Presse. Vous savez, l’auteur de «l’Éloge de la richesse», celui qui a écrit dernièrement à propos de l’actuelle crise étudiante «qu’on y voit l’expression collective du phénomène de l’enfant-roi, typique de cette génération à qui personne n’a jamais dit non. Pour un gouvernement, le respect des principes démocratiques ne signifie pas qu’il doit reculer à chaque fois qu’une de ses décisions suscite des résistances. C’est aussi de faire des choix, pour le bien commun, quitte à déplaire.»

Déplaire, ça dépend à qui, j’imagine.

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