OCHA/D. Schreiber Les affrontements intercommunautaires en République centrafricaine ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de gens

Tout génocide est un humanocide. Ce constat emprunté à Eric-Emmanuel Schmitt nous rappelle qu’un génocide, même éloigné géographiquement, n’est pas celui des autres, d’un peuple éloigné avec lequel nous n’avons aucune attache. Un génocide, quelque qu’il soit, est celui de l’humanité toute entière qui se poignarde et anéantit une partie d’elle-même.

N’oublions pas…100 jours d’horreur, 1 million de morts, c’était il y a 20 ans au Rwanda. À date, le dernier génocide répertorié en tant que tel. Le dernier ? Pas sûr quand autant de pays sont encore plongés dans les horreurs de la guerre civile comme en Syrie ou en Centrafrique.

La République centrafricaine, où Chrétiens et Musulmans se déchirent, se rapproche du schéma génocidaire, soit «l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales».

Mais une certaine pudeur lâche ou lâcheté pudique, empêche la communauté internationale de trouver une réponse adéquate dès que pointent des signes avant-coureurs d’une mécanique de l’horreur génocidaire. Pourquoi attendre un x nombre de morts avant d’intervenir ? Un mort, en raison de son appartenance ethnique, est un mort de trop !

Le bourbier centrafricain est le triste exemple d’un pays qui sombre, et les grands capitaines de ce monde regardent le naufrage sans bouger. Pourquoi le Canada, membre de la francophonie, est-il absent en Centrafrique ? Pourquoi rester sourd aux appels du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui a confirmé le 5 avril qu’une épuration ethnico-religieuse était une réalité dans le pays ?

Le lieutenant-général Roméo Dallaire, qui a senti de près les odeurs de la folie humaine, le déplorait la semaine passée. Le schéma se répète bel et bien en Centrafrique. Les ONG estiment qu’environ 6000 enfants soldats combattent au sein des milices chrétiennes et musulmanes, et selon Dallaire, ce recrutement massif est un signe avant-coureur, car « rien n’arrête un enfant soldat endoctriné et drogué ».

Sous couvert du devoir de non-ingérence, ou plus concrètement, parce que la République centrafricaine n’est pas un pays stratégique dans la diplomatie contemporaine guidée par les intérêts privés, on envoie pour soulager sa conscience une poignée de soldats de maintien de la paix…

Mais dans la mesure où c’est une partie de l’humanité, quelque soit sa couleur, son ethnie et la distance géographique qui nous sépare d’elle, qui est en train de mourir, un effort collectif des « grandes Nations » devrait être une réponse naturelle.

Oui, les commémorations sont essentielles pour l’histoire et le devoir de mémoire des victimes. Mais il semblerait que les hommes oublient facilement, et ne veulent pas voir que la Centrafrique est le Rwanda d’il y a 20 ans.

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