Chaque mardi, la journaliste et animatrice Julie Laferrière et l’humoriste, animateur et illustrateur Pierre Brassard posent un regard original sur les usagers du transport en commun.

Métro, ligne verte, direction Angrigon. Nous sommes jeudi. Il est 17h45.

Un jeune adulte fait son entrée dans le wagon. Il n’est ni un ado, ni un monsieur. Disons qu’il a environ 25 ans. Son accoutrement est étonnant.

À commencer par ce qu’il porte sur sa tête, soit une casquette à la palette si démesurée qu’elle pourrait servir de tremplin parmi les installations d’une piscine olympique.

Cette capine stratégiquement trop grande pour lui – qui permet à notre modèle de bien l’enfoncer sur ses yeux – est faite de cuir doré et arbore le logo d’une marque de haute couture. Malgré le fait que son regard soit occulté, on devine qu’il porte quand même des lunettes fumées. Question d’être certain qu’on ne le voit… ou plutôt que lui ne nous voit pas.

Comme le métro est bondé et qu’il lui est impossible de s’asseoir, nous pouvons apprécier de haut en bas le reste de sa tenue. Notamment ses pantalons, un jeans «coupe plombier» à la taille très-trop basse.

Notre homme garde son équilibre en tenant la pole, située au-dessus de sa tête.

Le fait d’avoir le bras levé soulève son court manteau, ce qui laisse paraître, de face, son nombril, la marque prisée de ses bobettes et, de dos, l’origine de sa craque de fesses.

Comprenez que je ne juge ici aucunement son style. Les goûts de chacun sont indiscutables. Mais ce qui est étonnant chez cet individu est ce qu’il cache d’un côté et dévoile de l’autre.

Nous n’avons pas accès à son regard, mais pouvons observer son ventre et un pan important de son postérieur. Nous sommes privés des lumières qu’offre généralement un visage ouvert, mais avons un accès privilégié aux coulisses de sa personne.

En fait, il est impressionnant d’avoir devant soi, sur un même spécimen, une rencontre aussi improbable entre la pudeur et l’intimité.

Le jeune homme évite le déséquilibre en s’agrippant bien, mais doit quand même, de l’autre main, remonter un peu ses pantalons qui menacent de glisser jusqu’à ses genoux.

Il reprend sa position. On devine qu’il regarde droit devant lui.

Je ne suis pas la seule à scruter cet être au style spectaculaire. Nous sommes tous attirés par cet accoutrement sensationnel.

Ironiquement, malgré le style un peu provocant de cet être qui pourrait sembler être bien préoccupé par lui-même, le paradoxe est poussé jusqu’au bout puisque cet homme au regard bloqué ne peut forcément pas se voir aller, et que c’est nous, les autres, qui regardons son nombril flamboyant.

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