Pierre Brassard | www.pierrebrassard.com Les mois et les années passèrent. Le choc aussi, laissant place à quelque chose d’invisible: un fil de soie plus solide qu’un câble d’acier. Un trait d’union indestructible qui relie aujourd’hui ces deux petites filles.

Chaque semaine, la journaliste et animatrice Julie Laferrière et l’humoriste, animateur et illustrateur Pierre Brassard posent un regard original sur les usagers du transport en commun.

Ligne 80, direction nord. Nous sommes vendredi. Il est 16h10.

Ce sont deux sœurs. Nul doute possible. Une mini d’environ sept ans et une grande qui doit en avoir 12. Des quasi-répliques en deux exemplaires, mais avec bien sûr chacune leur propre caractère.

Je calcule rapidement que, si ici s’arrête cette fratrie, l’aînée aura été seule dans son univers lors des cinq premières années de son existence. Enfant unique pour commencer sa vie: unique dans les regards pâmés de ses parents qui considéraient alors chaque clignement de paupière, balbutiement, mot et éventuel premier pas comme un accomplissement extraordinaire, digne des records Guinness.

Puis arriva ce jour de février. Un peu après la Saint-Valentin. Elle s’en souvient, Marie, l’aînée, parce qu’une gardienne était venue quelques soirs plus tôt afin que son père, sa mère, ainsi que sa grosse bedaine, puissent aller souper en amoureux.

Arriva donc ce fameux 17 février 2008. Ce jour de grands flots, de grands cris et d’immense joie.

Bien sûr, on avait préparé «la plus grande», qui avait alors cinq ans et 43 jours, à cette fulgurante arrivée. On lui avait dit à quel point elle serait une grande sœur extraordinaire.

Elle, la huitième merveille du monde, allait désormais veiller sur ce nouveau joyau en l’aidant à briller et à s’élever. À devenir aussi merveilleuse qu’elle, quoi! Ce fut d’abord… un immense traumatisme!

Les nuits si paisibles devinrent des tremblements à faire tomber les étoiles. Puis, des crises, on passa aux cheveux tirés, aux jouets cassés. La quiétude et le sentiment d’unicité qui avaient jusqu’ici doucement bercé Marie cédèrent le pas à une trame de heavy metal perpétuelle.

La mini-Margot, aussi minuscule fût-elle, dévorait tout sur son passage. Elle bouffait l’air de Marie, qui ne respirait maintenant plus qu’à demi.

Les mois et les années passèrent. Le choc aussi, laissant place à quelque chose d’invisible: un fil de soie plus solide qu’un câble d’acier. Un trait d’union indestructible qui relie aujourd’hui ces deux petites filles.

Margot tape de ses pieds le dessous de la banquette. «Arrête! C’est super achalant!» gronde Marie. La petite obéit et pose sa petite main sur la cuisse de sa grande sœur.

Elle s’assure auprès de cette dernière qu’elles regarderont ensemble le DVD de Toy Story 3 ce soir. «Ben oui, fatigante!» de répondre Marie qui, malgré l’apparente dureté de sa réplique, ne peut cacher un sourire aussi discret que tendre. Margot le sent et colle sa tête contre l’épaule de sa bienfaitrice masquée.

Et, effectivement, elle brille Margot, dans cet autobus de fin d’après-midi. Simplement parce qu’elle sait que Marie l’aime. Beaucoup. Et qu’elle le lui rend bien.

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