Chaque semaine, la journaliste et animatrice Julie Laferrière et l’humoriste, animateur et illustrateur Pierre Brassard posent un regard original sur les usagers du transport en commun.

Ligne 51, direction ouest. Nous sommes jeudi et il est 12h40. Elles sont excitées comme des puces géantes. Car elles sont très grandes.

Elles ont à peine 20 ans et s’apprêtent à vivre un événement MAJEUR. Et ce chapitre déterminant de leur vie débutera le 1er juin.

L’une, aux cheveux foncés, a une couette sur le dessus de la tête. Elle mâche, avec une énergie folle, une énorme gomme qui sent intensément le melon d’eau. L’autre jeune femme, plutôt rousse, porte ses cheveux «lousses» et triture nerveusement la pointe d’une mèche, alors qu’elle attend en ligne qu’on lui réponde.

Elles ont jeté l’ancre sur la banquette arrière du véhicule pour y installer leur quartier général. Carnets, papiers avec numéros de code et de téléphone gribouillés: elles sont très impliquées dans la préparation de leur déménagement. Celui qui les mènera dans leur PREMIER appartement.

On daigne finalement répondre à la rouquine qui, très animée, veut tout expliquer en même temps au pauvre technicien de câblo­distribution qui, on peut l’imaginer à l’autre bout du fil, tente de démêler le fil des pensées de sa future cliente.

«Si on prend pas la télé, pouvez-vous juste nous brancher l’internet et le Wi-Fi… et si on prend pas de téléphone fixe, mais qu’on a des cellulaires, est-ce que vous pouvez quand même nous faire un forfait, et est-ce que vous pouvez passer le 1er juin, mais genre, comme tôt, en avant-midi…?»

Pendant ce temps, l’autre future coloc à la gomme balloune olympique négocie avec Hydro-Québec et ses compteurs intelligents… ou pas.

Elle conclut l’appel en communiquant avec fierté, à son interlocuteur, SA nouvelle adresse. Les jeunes femmes ayant terminé leurs appels respectifs se lancent maintenant dans l’énumération d’une liste de choses à faire, avant le jour J.

Il faut magasiner un nouveau frigo, parce que celui fourni avec l’appartement est dégueu. Et des rideaux, peut-être blancs, pour les fenêtres du salon.
Parce que le frère de la rousse leur donnera un super beau sofa gris, neuf. «Ben, presque neuf», précise-t-elle, ajoutant que ça serait beau, gris et blanc.

La jeune fille à la couette s’inquiète de son chat, qui fait parfois ses griffes. Surtout sur les beaux meubles. «Ouais… le chat. Il faut que je t’en parle. J’ai pas osé te le dire, mais je suis un peu, en fait, pas mal allergique. Crois-tu que tes parents pourraient le garder?» de dire la rouquine, mal à l’aise.

Un long silence s’installe entre les futures colocs. La brunette, troublée par cette perspective, assimile l’information. Leur nouvelle vie, si excitante, est à leur porte.

Une porte qui sera malheureusement sans chatière, mais qui laissera entrer tant de changements. Et une porte dont elles seules auront la clé.

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