Chaque semaine, la journaliste et animatrice Julie Laferrière et l’humoriste, animateur et illustrateur Pierre Brassard posent un regard original sur les usagers du transport en commun.

Ligne bleue, direction Snowdon. Nous sommes vendredi, il est 16h35.

Le wagon baigne dans la touffeur. On se croirait dans une étuve.

Il y a des moments comme ça, où on comprend vraiment comment un dumpling ou un brocoli cuit à la vapeur peut se sentir.

Comme durant toute heure de pointe digne de ce nom, nous sommes nombreux, entassés et affichons une fatigue générale, nous qui avons notre semaine dans le corps. Je me trouve à proximité de deux garçons énergiques et assez comiques. Ils ont 13 ou 14 ans. Des ados dans toute leur splendeur.

Leur semaine aura été faite de plein de choses, comme en témoignent les odeurs surréelles qui émanent de leurs sacs d’école.
Comment décrire cette trame olfactive… Imaginez un assemblage de pomme oubliée lundi, de souliers de course qui sentent le marathon et d’un vieux t-shirt mouillé par l’averse torrentielle de mardi et qui commence à moisir lentement mais sûrement. Voilà pour le contenu du sac de l’ado numéro un.

Chez l’autre, on parle d’un alliage composé de la dépouille d’un sandwich jambon FROMAGE, dont le jour du décès remonte à mercredi, et un maillot de bain bien chloré et trempé. Sans oublier un chandail de sport qui sent le vestiaire d’une équipe des ligues majeures.

Bref, on parle de l’univers en odorama d’une semaine dans la vie de deux jeunes garçons bien vivants. Si on faisait un parfum de ces amalgames, il inspirerait des noms du genre Eau de Pingouin, Wiff de fin du monde, ou encore Défi Sportif.

Je tente d’accorder une pause à mes narines en détournant la tête, mais les effluves me poursuivent avec insistance. Je ne peux pas vraiment reculer. Et les réactions des passagers qui m’entourent me prouvent que je ne suis pas la seule à être indisposée.
Soudain, l’un des ados a la bonne idée de déposer à terre son sac d’école, ce qui éloigne de près de deux pieds l’une des sources responsables du désespoir de nos nez.

Ce qui est merveilleux chez ces garçons, c’est que ni l’un ni l’autre ne semble soupçonner l’odeur qu’il dégage.

Les grands parfumeurs disent que, quand un parfum convient à un individu, ce dernier ne devrait point le sentir. Loin de moi l’idée de dire que ces odeurs conviennent à ces jeunes hommes. Mais ce qui est touchant ici, c’est de réaliser à quel point ces deux adolescents sont occupés à grandir. À muer (symboliquement, et littéralement). Et il est fascinant de les voir ainsi, absorbés, chacun dans son univers. Parfois, presque comme sous une cloche de verre.

Si seulement les parois pouvaient bloquer l’odeur. Ça serait super!

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