THE CANADIAN PRESS Justin Trudeau, Jody Wilson-Raybould

L’affaire Boushie a fait réagir, et fort. Pas surprenant. Crédible, la thèse de l’accident? Un coup de feu parti seul? Conclusion néanmoins partagée par le jury, dont aucun de ses douze membres n’est d’origine autochtone.

Interpellé par certains leaders de cette dernière communauté, Trudeau et sa ministre de la Justice balancent, en coeur: «Le Canada peut faire mieux». Ouch.

Sans avoir lu la décision et encore moins évalué la preuve soumise à procès, les deux dirigeants nous expliquent, sans ambages, que le jury a failli à sa tâche. Quand même. Allô, la séparation des pouvoirs. Allô, le respect de l’ordre judiciaire. Du beau populisme de gauche, aux visées manifestement électoralistes.

On peut, bien entendu, s’interroger sur le caractère non-représentatif dudit jury en l’espèce, voire s’en inquiéter. Mais il est irresponsable, pour dire le moins, de jeter le discrédit sur l’institution judiciaire, sans nuance ni piste de solution. Une déclaration digne d’un gouvernement sérieux, en l’espèce, aurait ressemblé à ceci: «On respecte évidemment la décision rendue, tout comme on comprend la déception des proches de la victime. Sans vouloir contester de quelque manière le verdict, notre gouvernement se penchera prochainement sur la question de la représentativité des jurés, question qui va nécessairement au-delà de la présente affaire. Merci, et bonsoir».

Cela dit, en affirmant s’intéresser à la question de la représentativité des jurys, il s’agit, ensuite, de s’y attarder sérieusement. Or, notre ministre de la Justice brille, depuis maintenant trente mois, par sa seule propension aux phrases creuses, sublimement dénuée d’actions concrètes. Non? Ok. Identifiez-moi alors une seule réforme, même microscopique, entreprise depuis 2015. Ah.

Symptomatique, vous me direz, d’un gouvernement davantage entiché de symboles et formules de style PR que de substance. Au point où tout ceci commence à faire drôlement pitié. Au point où un certain Andrew Scheer commence à chauffer sérieusement l’héritier Trudeau dans les intentions de votes. Andrew Scheer. Bien connu. De son père et sa mère.

Ainsi, et assurément en réaction aux critiques dénonçant les bourdes discutées dans l’affaire Boushie, le gouvernement, ô surprise, annonçait mercredi son intention de passer à l’action en matière autochtone. Enfin, me dis-je. Petit miracle dont seule la Providence a le secret. Célébrations précipitées, cela dit. Parce que rien sur la question de la représentativité des jurys. Nada.

Non. Plutôt que d’aborder le problème de front, le gouvernement libéral nous fait plutôt part, en pleine Chambre et en grandes pompes, d’une autre idée, absolument formidable: adopter une loi afin de forcer Ottawa à respecter les droits autochtones.

Celle-ci, se targue Justin, permettra de «changer le dialogue, pour passer d’une conversation basée sur le déni des droits à la reconnaissance des droits autochtones».

Pas génial, ça? On va se doter d’une LOI afin de nous obliger à respecter des DROITS. Merveilleux. Suffisait d’y penser, bordel. Dire qu’on y a mis tout ce temps…

Petit cours de droit constitutionnel 101, cela dit. Les droits autochtones dont parle notre chef de gouvernement sont, essentiellement, prévus à…la Constitution canadienne. Son article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît, en effet, la reconnaissance et la confirmation des «droits existants – ancestraux ou issus de traités», de ces mêmes autochtones.

Protection constitutionnelle, donc. Dans le sens où ces droits, d’importance fondamentale, sont enchâssés dans la loi suprême. Dans le sens où il est impossible d’y déroger. Dans le sens où les tribunaux renverseront, comme depuis longtemps d’ailleurs, toute mesure étatique non conforme aux droits prévus. Dans le sens où le gouvernement devrait être au courant.

Une loi pour forcer le gouvernement à respecter des droits constitutionnels, vraiment? Exercice débile. Un pilote, dans l’avion?

Ce gouvernement m’épuise. Brûlé.

Bon weekend. Quand même.

F_Berard@twitter.com

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