L’inspecteur viral mettra de côté sa procédure habituelle pour parler de ça:

On affirme qu’un homme chinois traduit sa femme en justice puisqu’il s’est rendu compte, en voyant ses enfants, qu’elle était «secrètement laide». Il se sent trahi par le fait qu’elle ait subi pour 70 000 euros de chirurgie plastique pour cacher ce fait.

Cette histoire est fausse. Il s’agit en fait d’une campagne publicitaire pour une clinique de chirurgie plastique à Taiwan en 2012. «Le seul souci que vous aurez, c’est de décider comment l’expliquer à vos enfants», est-il écrit sur l’affiche.

Vous voyez, on ne précise pas qui, de l’homme ou de la femme, est «secrètement» moche.

L’inspecteur ne s’attardera pas sur le sexisme ahurissant dont font preuve les sites de fausses nouvelles et autres pièges à clics qui ont repris ce canular. On assume, bien sûr, que c’est la femme qui est «secrètement» laide dans l’image. On propage ainsi la notion sexiste qu’un homme normalement constitué ne voudrait rien savoir d’une femme moche. Et – pire! – imaginez comment un homme se sentirait si sa femme était secrètement moche!!!

L’inspecteur ne martèlera pas non plus, encore une fois, qu’il aurait été incroyablement facile de se rendre compte qu’il s’agit d’une fausse nouvelle. Trois secondes sur Google et le tour est joué.

Non, ce dont l’inspecteur veut parler aujourd’hui est parfaitement décrit par cette citation:

«J’ai pleuré tellement souvent que je n’arrive pas à dormir. La pire perte, pour moi, c’est que je ne veux plus être mannequin. Juste parce que je suis mannequin, le gens croient qu’ils peuvent me blesser ainsi, et je ne peux pas me défendre. Je veux juste me cacher.»

Qui a dit ça?

Heidi Yeh, la mannequin qui apparaît dans cette photo.

Vous voyez, depuis que la fausse nouvelle a commencé à circuler, la vie de Mme Yeh est ruinée. Son copain l’a laissée. Elle a perdu son emploi. Elle sent qu’elle a «perdu le contrôle de son image».

Elle est horrifiée par la portée de la fausse histoire.

«J’ai réalisé que le monde entier partageait cette histoire, dans plusieurs langues. Les gens étaient persuadés que c’était vrai. Même les amis de mon ex-copain m’en parlaient, a-t-elle témoigné à la BBC. Les gens refusaient de croire que je n’ai subi aucune chirurgie plastique. Les clients me demandaient si j’étais la femme dans cette image. Après ça, j’ai juste obtenu de plus petits rôles dans des campagnes publicitaires.»

Et vous croyiez que les fausses nouvelles n’ont aucune conséquence dans la vraie vie?

L’inspecteur se fait souvent demander pourquoi il s’attarde aux fausses nouvelles. Après tout, les gens font juste s’amuser, non? Eh bien voilà.

Vous en voulez d’autres?

Le fils de Lenny Pozner est décédé en 2012 lors de la tuerie à l’école primaire Sandy Hook, à Newtown, dans l’État américain du Connecticut. Or, vous voyez, les fans de théories du complot n’y ont tout simplement pas cru. Ils pensent plutôt qu’ils s’agit d’une gigantesque mise en scène du gouvernement américain. Donc, logiquement (pour eux), le fils de Lenny Pozner, Noah, n’a jamais existé. Donc Lenny Pozner est un vilain menteur. Tout est permis pour ruiner sa vie.

Sur une base quotidienne, M. Pozner est victime de menaces de mort. Les complotistes ont trouvé l’adresse et le numéro de téléphone de plusieurs membres de sa famille et ont commencé à les menacer aussi. Ils ont même fait circuler une vidéo qui affirme que M. Pozner est un pédophile.

Tout ça, pour une histoire qui est absolument, indéniablement fausse.

En 2015, un site de fausses nouvelles a même utilisé la photo d’une femme et de son enfant mort pour illustrer un canular sur Justin Bieber. Ouais.

Vous voyez, toute histoire a besoin d’un visage humain. Les sites de fausses nouvelles doivent donc trouver une image pour illustrer leurs conneries. Ils pillent donc le web à la recherche d’une photo qui conviendrait à leur mensonge.

Donc, une fois de temps en temps, ils prennent une photo d’une vraie personne, qui sera à tout jamais associée à une fausse information, qui, plus souvent qu’autrement, sera une expérience humiliante pour elle.

Et en partageant ces trucs, vous participez à leur humiliation. Point.

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