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Mettons les choses au clair: c’est quoi, une «fausse nouvelle»?

confused and beautiful young business woman at the desk with a laptop

L’inspecteur viral prédisait la semaine dernière que l’expression «fausse nouvelle» perdrait tout son sens en 2017. Finalement, ça n’aura pris que quelques jours pour que la prédiction s’avère.

Lors de sa première conférence de presse en tant que président désigné américain, Donald Trump a refusé de répondre aux questions du réseau CNN, arguant que cette chaîne d’informations en continu faisait de la «fausse nouvelle». M. Trump réagissait à un reportage de CNN sur un supposé document compromettant à son endroit dont disposeraient les services de renseignements russes.

Nous voyons donc que plusieurs différentes parties se sont appropriées l’expression «fausse nouvelle», et détournent son sens pour atteindre leurs propres objectifs.

Mais c’est quoi, au fait, une fausse nouvelle?

Il y aura sans doute plusieurs débats sur cette question. Pour l’inspecteur, il s’agit d’un phénomène assez spécifique. Voici la définition qu’il propose:

Une fausse nouvelle est une information, soit carrément fausse, soit détournée, exagérée ou dénaturée à un point tel qu’elle n’est plus véridique, présentée comme une vraie nouvelle dans le but de tromper les gens. Cela peut être fait pour générer des clics et des partages sur les réseaux sociaux, pour atteindre des objectifs quelconques (politiques, idéologiques, économiques, etc.) ou simplement pour se moquer de la crédulité des lecteurs.

Alors voilà, concept somme toute assez simple. Et comme tout concept assez simple, lorsqu’il entre dans l’usage commun, on commence à l’utiliser de toutes sortes de façons plus ou moins louches.

Il est important de ne pas traiter toute information erronée de «fausse nouvelle». C’est un peu comme crier au loup. Si on utilise «fausse nouvelle» n’importe comment, on change son sens et on enlève un peu le pouvoir du terme. C’est un peu comme quand tout le monde traite n’importe quel politicien de droite de «fasciste». Le mot perd son pouvoir, et quand un vrai fasciste se pointe, on n’arrive plus à nommer ce qui se présente devant nous.

Donc, par exemple, quand un petit blogue invente une histoire comme quoi l’acteur Leonardo DiCaprio va déménager à Baie-Saint-Paul, c’est une fausse nouvelle:

L’information a été inventée de toutes pièces dans le but de tromper les gens.

Si un média reprend une rumeur sans vérifier, ce n’est pas une fausse nouvelle:

Dans ce cas-ci, plusieurs médias ont repris une histoire assez douteuse sans vérifier les détails (qui étaient assez louches en partant). C’est assez douteux comme démarche journalistique, et ça doit être dénoncé, mais le but n’était clairement pas de tromper les gens. On voulait plutôt générer un buzz en se souciant peu des détails. Encore une fois, ce n’est pas une pratique que l’inspecteur endosse, mais ce n’est pas une fausse nouvelle. C’est plutôt du journalisme douteux (ce qui est aussi grave, à mon sens).

Si un média produit un reportage avec lequel on n’est pas d’accord, ce n’est pas une fausse nouvelle:

On verra cette tendance de plus en plus. Un reportage nous agace? C’est une fausse nouvelle! Quelle manière simple de disputer de la crédibilité des journalistes. Pas besoin de disputer les faits, seulement de crier à la fausse nouvelle. En fait, on peut ne pas être d’accord avec un reportage, remettre en question ses conclusions ou même apporter des nuances aux faits sur lesquels il se base, mais à moins qu’on réussisse à prouver que le journaliste a sciemment inventé toute son histoire au complet dans le but de tromper les gens, ce n’est pas une fausse nouvelle.

Si un journaliste se trompe, ce n’est pas une fausse nouvelle:

Errare humanum est, l’erreur est humaine. Vous savez que les journalistes sont de moins en moins nombreux à exercer leur métier, en plus de subir d’immenses pressions de produire au maximum et de générer le plus de réactions sur le web. Dans ce contexte, un journaliste un peu trop pressé peut se tromper. Hey, ça arrive. L’inspecteur viral se trompe aussi parfois. Lorsqu’un journaliste transmet une information erronée de bonne foi, ça doit être corrigé et c’est quand même grave, parce que ça reflète mal sur la profession, mais ce n’est pas pour autant une fausse nouvelle. Remarquez que le but premier n’était pas de désinformer.

Si un média utilise une photo de manière douteuse, ce n’est pas une fausse nouvelle:

Bien des gens se sont moqués de CNN, qui a utilisé des captures d’écran du jeu vidéo Fallout 4 pour illustrer son histoire sur les pirates informatiques russes. Bon, regardez, c’est très drôle. Il y a surement un stagiaire chez CNN qui s’est retrouvé à la rue. Mais l’image douteuse ne change pas la substance de l’histoire, qui elle, n’était pas une fausse nouvelle. On peut bien remettre en question l’utilisation d’une image pour illustrer un article, mais ça n’en fait pas une fausse nouvelle.

Un article satirique, ce n’est pas une fausse nouvelle:

Il y a une ligne mince entre la satire et la fausse nouvelle, mais elle est là. Les sites satiriques mettent certes de l’avant des fausses informations, mais dans un but humoristique (même si beaucoup de gens se font avoir!) La satire existe depuis le tout début des médias. En exagérant ou en inventant des histoires pour parodier l’actualité, on arrive souvent à émettre un commentaire puissant sur la société. Dans ce cas-ci, par exemple, le site satirique La Pravda affirme que la Russie est responsable pour la formation du groupe rock-poche Nickelback, ce qui est bien sûr faux. Mais dans le contexte actuel, où on accuse la Russie d’avoir facilité l’élection de Donald Trump au poste de président des États-Unis, attribuer aussi à ce pays la montée d’un des groupes de musique les plus honnis du 21ième siècle ajoute une couche d’humour à l’actualité. Ce n’est pas une fausse nouvelle!

Alors voilà, en 2017, appelons un chat un chat: utilisons les bons mots et évitons de crier à la fausse nouvelle. L’internet est déjà assez confus comme ça, n’en rajoutons pas!