Ce n’est plus un secret, ma blonde est musulmane. Une jolie brunette montréalaise, je n’ai pas pu résister. Elle s’autodéfinit comme une Québécoise d’origine libanaise. Sans renier son pays natal, qu’elle adore. Sur le marché du travail, en génie, elle a passé toute sa vie adulte ici. Elle n’est pas très pratiquante, sauf pendant le ramadan. Pour elle, la foi se nourrit au quotidien, pas dans les mosquées. Des petits gestes simples, des valeurs transmises par sa famille, par sa mère surtout. La gentillesse. Avec ses amis, avec ses collègues au travail. Hier encore, elle a donné notre ancien climatiseur à un collègue de travail dans la soixantaine. Un petit geste. La semaine dernière, elle a aidé la voisine avec son jardin. Pour elle c’est ça l’Islam: la compassion, aider les autres. Rien à voir avec ce que certains politiciens racontent. Rien à voir avec l’islamisme radical qui en mélange et en embrouille plus d’un. Elle me parle souvent de souveraineté. Je trouve ça beau. Elle ne se reconnaît pas dans le reste du Canada. On a failli la perdre avec la charte des valeurs, mais elle a changé d’avis. « Je suis Québécoise moi, pas Canadienne!»

Hier soir, en revenant du bureau, elle était furieuse. Une collègue s’est approchée d’elle pour lui dire: « Est-ce que ça te fait de quoi, quand les gens comme toi font des actes terroristes?» Elle a répondu spontanément: « Les gens comme moi? Une Québécoise a commis un attentat terroriste, où ça?» Puis, elle a quitté la pièce, en colère. Il faut dire qu’elle a de la répartie, ici depuis huit ans, ce n’est pas la première fois que des gens racistes ou maladroits lui posent des questions du genre. Surtout lorsque les médias et les politiciens québécois alimentaient les débats entourant la charte. Les stéréotypes, les blagues désagréables, elle les a toutes entendues. Ça ne faisait pas un mois que nous étions ensemble qu’un vieux bonhomme sur Laurier s’est approché de nous. On mangeait une crème glacée sur un banc de parc, tsé, les activités quétaines du début. À mi-chemin entre la Ronde et le belvédère du Mont-Royal. L’amour! Puis cet homme a lancé agressivement: «J’aime les Américains, les Chinois, les Noirs, les Russes, mais vous autres les Arabes, chu pas capable!» Et il a quitté, comme ça, il a continué son chemin. Sur le coup, on a éclaté de rire! Ensuite, j’ai ressenti un grand malaise, j’avais tellement honte de nous. Esti de raciste. Loin de jouer à la victime, elle a sourit et elle a dit: «Arrête, ce n’est pas grave, je suis habituée. Je me suis questionné longuement, il vient d’où ce racisme systémique? Du 9/11? Du nationalisme? Du siècle dernier?

J’en ai plus que marre de cette ignorance crasse. De Donald Trump et Marine Le Pen qui jettent de l’huile sur le feu en misant sur la division. Il y a un mois, ma blonde m’a demandé, tu crois qu’un jour, ils voudront interdire les musulmans au Québec? Et j’ai pensé à tous ces bonshommes, toutes ces femmes qu’on entend japper plus fort que les autres: «Si c’était moi, je les renverrais toutes dans leur pays.» Les mêmes qui disent: «Je ne suis pas raciste, mais!». Il y a un grand défi à surmonter présentement, ne pas succomber aux amalgames. Ne pas baisser les bras devant ces politiciens qui veulent s’approprier notre flamme nationaliste, contre l’inclusion, contre «les autres». Je vais vous le dire, ce n’est pas comme ça qu’on va bâtir un pays. Il faut arrêter d’associer ces centaines de fondamentalistes haineux avec des millions de gens pacifiques. Rappelons qu’il y a près de deux milliards de musulmans sur la planète, près de cinq millions en France.

Sans être naïf, il y a une grande menace à nos portes. Les «terroristes» sont en guerre. Les premiers qui condamnent ces actes, ce sont justement les musulmans. Vous devriez voir le feu dans les yeux de ma blonde après chaque attentat. Rappelons que la plupart de ces tragédies sont au Moyen-Orient. L’horreur. Je me questionne beaucoup sur la cause de ces événements, mais surtout sur la/les façon(s) de régler la situation. Il ne faut pas répondre à la haine par le racisme, la déchéance et l’exclusion.

Donald Trump nous le répète, «we have to bomb the shit out of them!» Et les douchebags applaudissent. Comment pouvons-nous bombarder un homme caché dans un appartement en Tunisie? Des individus éparpillés dans des cellules en Égypte, en France, en Belgique, aux États-Unis, au Canada, en Allemagne? Il faudrait répéter les erreurs de George W. Bush en tuant des milliers d’innocents? N’est-ce pas justement cette folie meurtrière qui a créé l’État islamique? Alors, la déportation de tous les musulmans, l’interdiction au territoire, ériger un mur. C’est la vision de l’aspirant à la présidence aux États-Unis. Ce n’est pas rien. Tuer des milliers d’innocents au Moyen-Orient, en essayant d’arrêter des terroristes éparpillés partout sur la planète. C’est ça le plan?

Marine Le Pen propose quelque chose de similaire en instrumentalisant la peur bien présente en France, après chaque attentat pour son capital politique. Il faut résister à ce discours du Front National. Son programme est bien clair: réduire l’immigration, fermer les mosquées, déporter les nouveaux arrivants, radier la culture musulmane en France. Une mauvaise lecture, l’ignorance dans toute sa médiocrité. Pour elle, c’est clair, la faute revient au gouvernement actuel. «Cet attentat revendiqué par Daech est la conséquence d’une idéologie meurtrière, qu’on laisse se développer à l’intérieur de la France, l’idéologie du fondamentalisme islamiste. Il est aussi la conséquence de carences gravissimes de l’État, dans sa mission première, la protection de nos compatriotes.» C’est ce qu’elle a vomi encore ce matin.

Marine Le Pen croit avoir la solution. Il faut être prétentieux quand même, avoir une solution au terrorisme. Des centaines d’intellectuels dénoncent son discours, mais non, elle est convaincue. C’est elle qui a raison. C’est Marine! Je n’en peux plus de ce discours simpliste, de ces mensonges. Selon elle, il faut imposer plusieurs révisions, du contrôle des frontières à l’immigration illégale et l’immigration massive qu’elle juge «anarchique». Il faudrait réviser le code de la nationalité. Il y a peut-être un problème de ce côté, mais en quoi c’est une solution pour détruire Daech? Il faudrait m’expliquer. C’est ce qui va empêcher un fondamentaliste religieux, un étranger de venir en France pour faire exploser une bombe ou rouler sur des innocents avec un camion. C’est quoi cette connerie? Je le répète: attention aux amalgames!

Encore une fois, Marine Le Pen joue sur les mots. Elle croit que le problème vient de l’intérieur. Elle confond les musulmans en France avec l’islamisme radical. Ce sophisme est devenu sa marque de commerce. Comme Donald Trump. La peur de l’autre, c’est devenu payant en politique. Elle monte dans les sondages. Plus la France a peur, plus elle gagne des points. Tout pour créer des tensions entre les nationalistes français et les musulmans. Tout pour entendre ces mots plus souvent. «Est-ce que ça te fait de quoi, quand les gens comme toi font des actes terroristes?» Les gens comme toi.

Je vais vous le dire, je n’ai pas de solution au terrorisme, je n’ai pas cette prétention. Tout comme je n’ai pas de solution à l’ignorance, à la guerre dans le monde, à la famine et à la violence. Des mots très humains. Marine Le Pen traite les intellectuels et les gauchistes «d’angéliques» pour l’approche pacifiste et compréhensive du problème. Elle traite les gauchistes de calinours. Elle ridiculise ceux qui cherchent à comprendre ce qui a mené cette barbarie. Elle méprise ceux qui étudient les motifs de ces morts-vivants. On ne peut pas régler ce problème systémique, en ignorant les causes. Les causes? L’ignorance, la haine, les inégalités, la survie, l’impérialisme, la jalousie. Les hommeries. Des gens abandonnés par la société, des enfants de la guerre, des enfants endoctrinés à la suite de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, un manque d’aide humanitaire pendant la guerre civile en Syrie. Comme société au Québec, nous ne pouvons peut-être pas empêcher ce fondamentalisme religieux, ces actes de terreur. Par contre, pouvons-nous travailler ensemble sur l’inclusion, sur l’ouverture d’esprit, qui, je le crois sincèrement, peut aider à améliorer notre société et peut-être un jour, qui sait, empêcher l’endoctrinement d’une personne sans repères.

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