Mes hommages. Cette semaine, un vent de frayeur et d’indignation soufflait au toupet de tous les influenceurs et blogueurs bien coiffés mais surtout catastrophés par une nouvelle réglementation publicitaire qui entrera en vigueur dès 2017. Bien que lesdites règles n’aient pas encore la clarté du cristal de Bohême, les Normes canadiennes de la publicité (NPC) entendent sévir contre toute personnalité commanditée par une entreprise sans en faire mention dans ses vidéos ou sous les photos qu’elle partage dans les médias sociaux (avec, par exemple, le mot-clic #ad qui indique clairement l’association publicitaire).

Cette initiative me réjouit; bien entendu, je ne gagne pas ma vie en réalisant de poignants égoportraits près d’un rutilant VUS qui m’aide à payer mon compte d’Hydro. Je saisis l’enjeu. Mais bien que moult plumes et animateurs-poupons bourrés de potentiel prennent leur envol à l’aide d’un partenariat étrange avec une marque de jus vivant pressé à froid, j’éprouve un malaise à la lecture de leurs réactions quant aux potentielles pénalités à venir s’ils ne se conforment pas aux règles.

D’une part, le public, souvent jeune, qui suit une personnalité Instagram (par dizaines, si ce n’est pas par centaines de milliers), nourrit, au fil du temps, un sentiment de proximité avec son Bret Michaels du moment. Chaque jour, ce Bret l’interpelle. Ce Bret le touche par le timbre de sa voix, sa façon de nouer son bandeau sur son crâne ou de se faire aller les sourcils quand il a quelque chose de chouette à raconter devant ce splendide coucher de soleil. Et cette proximité factice s’accompagne d’un lien de confiance. D’un gage de qualité. Bret peut entretenir une relation amoureuse et sincère avec une marque de spraynet, et ce, depuis10 ans. L’aimer passionnément, en mettre sur ses rôties le matin et ne faire qu’un avec ses propriétés «puffantes». Eh bien, malgré l’authenticité de sa relation fusionnelle avec l’objet de son volume capillaire, le jour où sa nouvelle commandite avec le fixatif futé sera mentionnée, il se peut que certains soient déçus. En colère. Et, dans le meilleur des cas, lucides. Lucides et réfractaires. Ben oui.

D’autre part, j’ai un grain avec la réserve de ceux et celles qui devront se conformer aux règles des NPC. L’estampille #ad retire-t-elle du prestige au contenu? Ce contenu est déjà une publicité éhontée, une publicité complice qui se coiffe d’une casquette à palette plate pour se fondre dans le beau projet de vie hip que vous bâtissez en suant devant l’objectif. Ayez, je vous prie, la décence de l’honnêteté. Un peu de respect pour les petits gars et les petites filles qui développeront malgré eux une soif pour ce soudain kombucha qui vous fleurit le cœur et les muqueuses. Appelons une pub une pub. Pas une formidable aventure de contenu candide qui s’immisce dans votre barbecue.

On se sert de vous. Grassement. Et si la chose est confrontante, vous m’en voyez soulagée. Votre talent peut-il faire de grands écarts sur des horizons sans association avec un sac de granola? Je vous le souhaite de toute la puissance de mes ventricules.

La bise

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