Mes hommages. Comme chaque année, cette première semaine de juillet est promesse de toutes les libertés. Julie est aux Îles. Les p’tits chantonnent Je m’en vais chasser le lion en rangs d’oignons, le regard rempli d’admiration fébrile pour leur moniteur de camp de jour aux manches de t-shirt roulées. Je mets de la Coppertone dans mes quiches. JUILLET M’EMBALLE. La ville danse la choupetta. Et ses trottoirs qui transpirent les restants de déménagements m’émeuvent.

Oh, les trottoirs de lendemains de 1er juillet ne sont pas toujours hymnes de grande beauté. On y lit parfois le drame d’une rupture précipitée. Les borborygmes de celui qui a commencé à faire ses boîtes quatre minutes avant l’arrivée du camion et qui, dans un élan de pure poésie, a décidé de sacrer au bord du chemin tout ce qui ne rentrait pas dans sa poche de hockey. Son petit sac de piles AA. Ses épices à steak. Sa machine à pain, sa collection de bérets, de runningchous blancs et de canisses antiques, sans oublier ce chesterfield qui a flirté avec moult fourches des seventies et ce cadre de Bowie avec une coulisse de Coke diète. Ces traces de vies et d’histoires, je ne les trouve pourtant pas laides. Ni sales.
Je vous confie mes petits goûts en matière de rognures de bord de route parce que j’ai surpris une voisine, un petit délice de voisine qui n’apprécie apparemment pas que les passants, même les plus polis, écorniflent le monticule de rebuts et d’abandons qui attendent le car à vidanges devant «son» bloc. Que les sacs verts ne lui appartiennent guère n’a aucune importance. La brave dame n’apprécie tout simplement pas les grandes histoires d’amour qui se tissent entre un passant et la lampe vintage de l’ancien locataire d’en dessous, désormais orpheline de salon.

Certaines gens n’ont pas – et c’est là grande tristesse –de papillons pour les grandes rencontres de trottoirs. Pour le soulagement de cet étudiant qui voit en cette vacillante commode Ikea le plus scintillant des bijoux. Cette voisine n’a que faire de l’étincelle dans le regard de cet homme qui, chancelant à vélo, venait de trouver une patère (une immense chose qu’il a tout de même traînée à bout de bras sur son petit dix-vitesses chargé de sacs blancs) qu’il allait pouvoir revendre à la brocante. «Juste à passer un petit linge dessus, pis elle est comme neuve», m’a-t-il répondu, victorieux, alors que je le complimentais pour sa trouvaille (et pour faire crisser les petites semelles des pantoufles en cuirette blanche de la harpie d’à côté). Cet homme, elle l’a toisé comme on toise les charognards. Les «senteux de vidanges». Les pauvres.

Cette brève chronique, elle s’adresse à toi, citoyen, voisin et belle personne qui, à la va-vite ou pétri de tendresse, dépose au chemin cette berçante, cette imprimante qui fonctionne encore ou ce moïse en osier avec ces mots, ces si jolis mots qui soulagent les cœurs errants: à donner.

Vous êtes pas mal beaux (au moins aussi beaux que les Îles).

La bise.

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