Mes hommages. En ce vendredi fou de black friday où une dame HIGH sur le café instant se bat en cette seconde même contre une autre dame tout aussi HIGH su’l Guru pour lui arracher sa machine à pain en grrrros spécial et qui lui donnera ce sentiment exquis d’avoir gagné le grand combat du pain et de la consommation avertie (avec deux côtes cassées et un black eye), en ce vendredi, donc, je n’ai d’arythmie que pour un bijou.

Un beau bijou. Vous avez peut-être entendu parler du fameux bracelet «connecté» que Rémi Richard, entrepreneur en technologie médicale, propose de passer au poignet des itinérants pour leur permettre de recevoir de la monnaie virtuelle avec laquelle ils pourront se procurer des produits prédéfinis (lire : surtout pas d’alcool) dans les commerces participants. J’imagine (je l’espère) que l’idée est née d’une noble intention, une intention qui naît dans la partie tendre du cœur et qui vise à aider. À faciliter. À tendre la main vers l’autre.
Le concept? Plus besoin de traîner ton «scrénigne» dans ta besace; un simple contact entre ledit bracelet et ton téléphone intelligent et hop! le don est fait. Le grand argument derrière cette belle entreprise repose sur le fait qu’on ne traînerait plus ça, nous autres, des petites poignées de change lousse pour aider son prochain. C’est, du moins ce que plusieurs répondent systématiquement dès qu’on leur quête 30 sous sur la rue : «Désolé, j’ai pas de change!» Le grand frein.

Au-delà du grand inconfort que me cause le concept de «braceletter» un sans-abri comme on «bracelette» un criminel purgeant une peine en communauté dans un périmètre précis qu’il ne doit dépasser sous aucun prétexte – un bracelet qui contiendrait d’ailleurs mille données personnelles sur son propriétaire, comme son groupe sanguin et ses allergies (vouère! que ce ne sont que les seules infos qu’on y fichera) – je trouve le prétexte si mince. SI. MINCE. Si chaque citoyen possédait en son téléphone l’application lui permettant de donner quelques écus aux moins chanceux, le ferait-il vraiment? Est-ce vraiment le périlleux obstacle du pas-de-change dans le paletot qui empêche toute bonne âme d’échanger quelques sous et un peu de chaleur humaine avec plus démuni qu’elle? Et de quel droit pouvons-nous décider de ce que Paul, dans le grand frette de la rue depuis trois ans, peut et ne peut pas se payer avec la généreuse piastre et quart qu’on daigne lui offrir? On est tellement au-dessus de ça, nous autres, le beau monde qui va ben et qui n’en a pas, de ça, des problèmes de boisson pis de toxicomanie.

C’est l’initiative la plus paternaliste, remplie de jugement et dénuée de toute sensibilité qui ait gagné mes pupilles depuis longtemps. Ce n’est pas d’un bracelet ni d’une liste d’épicerie dont Paul a besoin, mais de dignité. D’amour. D’amour dans les dons faits aux organismes communautaires, dans les bancs publics sans design l’empêchant de s’y allonger, dans les lits supplémentaires dans les refuges et, surtout, dans ce sourire et cette oreille que tu peux lui tendre au détour d’une course. Nul besoin de change ou de sparages numériques du futur, pour ça. La bise.

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