Je reviens à peine d’une brève escapade en Asie, où j’ai vogué sur la mer de Chine et miré moult beautés. C’est une chance inouïe, que celle de voyager. Que de se sortir les chouclaques de la grenaille ambiante, de se risquer le toupette à l’incertain, à l’inouï et à la déstabilisette. J’en reviens, la besace remplie de notes, de biscuits qui n’ont pas survécu au transport, mais aussi, hélas, d’une vive exaspération. Parce qu’en me planifiant le voyage, en pliant un nombre astronomique de sous-vêtements (toujours dans cette peur panique du «au cas où je vivrais l’incontinence quatre fois l’heure devant un stand de dim sums ou une sauterelle coiffée d’un exotique bonnet») et en m’esquissant vaguement l’itinéraire, j’avais oublié que j’y croiserais des gens. L’humanité. Parce qu’on a beau se projeter dans les grands vertiges du voyage qui nous attend, on oublie souvent qu’on ne sera pas seul. On ne sera pas seul, dans ce petit village pêcheur d’une troublante beauté. On ne sera pas seul, dans cet ascenseur. Ni dans cette jungle où l’on se projetait s’émouvoir devant une flamboyance de flamants, la nuit. Parce que les flamants, en groupe, vivent la flamboyance.

Et c’est bien tout le contraire de l’humain moyen. La flamboyance, je ne l’ai pas croisée chez les miens. Bien entendu que je ne m’imaginais pas me pavaner seule dans Singapour comme une duchesse, à l’abri des foules et des contacts humains. J’ai toutefois vite constaté que c’était mes semblables, les touristes, qui me rendaient – HOU GOD – si inconfortable. Souvent pétrie de honte et d’envie de semer des petits post-it couverts de «sorré», derrière moi. J’ai vite arrêté de compter le nombre de sacs à dos, des sacs à dos remplis de 800 litres de rallonges de pantalons de plein air, sur le dos de touristes à qui, apparemment, l’on devait tout. L’espace. L’air. La liberté d’expectorer et de hurler LEUR AVENTURE TOUTE PERSONNELLE malgré la présence d’autrui.

J’aime les gens. C’est précisément ce que je préfère des voyages: les rencontres. Les échanges. La fébrilité partagée devant quelque chose d’unique. Devant une guirlande d’œillets. Un étang ou un temple hindou. Le partage. Mais bon sang de bonsoir que j’ai eu honte vingt fois par jour. Honte de mes semblables qui, eux, vivaient LEUR voyage. Qui, eux, n’enlèveraient pas leurs Crocs pour fouler des sols sacrés qui, en plus d’avoir la bonté de nous accueillir sans nous questionner la foi ou l’intention, ne demandaient que le respect. Un minimum désarmant d’humilité. Une plante de pied dénudée. Des chapeaux de paille qui se lèvent dans un véhicule en plein safari pour prendre 10 photos d’un animal qu’ils n’auront vu qu’à travers une lentille, flash à pleine puissance, alors qu’on leur avait, de la plus délicate façon, spécifiquement, demandé de demeurer assis, de rester silencieux et de ne surtout pas activer le flash de leur appareil, j’ai bien dû en voir 100, à toute heure du jour. Dans toute situation.

Je reviens certes chavirée par toutes les splendeurs que j’ai vues là-bas. Mais surtout sinistrée par le citoyen moyen. Celui qui fait fi des autres. Mais qui rapportera de sapristi de beaux portraits.

La bise.

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