Ooooooh, douce brise. C’est qu’on la célèbre quand elle passe, celle-là, par les eaux qui courent. Au moment où vous lisez ces estivales lignes, j’ai fui la torpeur assommante du Plateau vers le Bas-Saint-Laurent, la moustache luisante, mais persuadée d’y trouver un abri où les pop-sicles ne se cachent pas pour mourir. Un terrier dans la montagne ou le t’sour d’une casserole à l’ombre m’apparaissent aussi comme une option valide, pourvu que la bise y souffle. Mais me voilà à présent dans une fantastique roulotte, sourcils au vent de l’est, à méditer l’audace de la façon dont je trancherai cette pastèque ostentatoire qui me fixe en me faisant des clins d’œil.

Quelques heures avant de partir pour cette bonté de petite fraîche du soir, ne me supportant plus la cuisse, j’ai fait halte à la piscine publique tout en face de chez moi. Une merveille où il fait bon se tremper le cuir par jours de cuisson. Toute petite, mais guillerette avec ses parasols jaune canari, encerclée d’une vaste zone bétonnée et lisse où les plaisanciers du pas creux peuvent s’échouer sur leur petite serviette Pepsi. UNE MER de gens-vapeur, cordés comme des otaries qui se dorent la panse en savourant le plaisir de ne pas être après changer le toner de la photocopieuse.

Quand je la vis. Mirifique, presque surnaturelle, une sensationnelle dame tout en grâce, dans son maillot de l’époque dont s’inspire le Nickels pour mettre en marché ses milk-shakes. Une beauté poème, la cinquantaine de printemps, dont chaque geste était ballet, délicat, aérien. Moi-même timide du bikini, je m’efforce bien entendu, en piscine, de ne pas fixer autrui pour ne pas ajouter à la promiscuité des chutes de reins. J’apercevrais une gens qui me détaille la clavicule avec insistance que je perdrais l’élan de mon concours de culbutes. Mais elle m’a captivé tout de même la pupille pour quelques instants admiratifs. Un joyau.

Un peu plus tard, alors que je me perdais le bulbe dans le turquoise de la piscine, elle passa devant moi, tout près. C’est hélas réflexe idiot, mais je sursautai de l’arcade, formellement surprise. C’est que cette dame dont j’avais détaillé le fabuleux du style arborait une pilosité en jachère. Luxuriante jachère. Nulle bande de cire ne semblait avoir élu bref domicile sur la blancheur de sa peau depuis, sans doute, toujours. «Quelle merveille», me passai-je réflexion. Quelle merveille que, dans cette jungle où La Senza nous dicte le velours de l’aine à adopter, cette dame, pourtant si précise dans l’accessoire et le Vogue du geste, ait décidé de se célébrer nature. Je l’enviai goulûment. C’est triste, voire pathétique, que d’envier le courage d’une femme qui se célèbre le buisson sans se soucier de Jean ni de Jeannette, tout étendue sur son drap de soie, fort loin des périls de la peur de ce que pense l’autre. Une pilosité victoire, dressée sur un territoire souverain de tout tracas, ondulant au gré de la brise. La girouette des affranchies, tantôt nord-est, tantôt plein sud, toujours exquise beauté.

Dans le calme de ma roulotte parmi les épinettes, je vous souhaite, à vous aussi, l’abandon de cette victorieuse. On la mérite toutes (je viens d’aller ranger mon bic).

La bise.

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