Ivresse d’été et menuet senti. Pour reprendre un récent sondage d’un journal populaire, comment se passe votre été? Hum? La question se pose.

On veut savoir, nos muqueuses en crépitent et le beurre est fondu dans la poêlonne. Le mystère est pourtant facile à élucider: votre été est mirifique. Rempli de briquettes qui libèrent leurs effluves de saucisses mi-spicy, d’apéros chez les copains, de rires cristalins près d’une boîte à malle et de clim qui chante la fraîcheur du logis. N’est-ce pas?

Je l’affirme sans sarcasme aucun, c’est simplement l’impression qui émane de la grande beauté du parc fleuri tout à côté de chez moi; un lieu où se réunissent chaque soir des gens affublés de tous les attributs du bonheur. Un bonheur qui semble facile. Inné. Et souvent accompagné de ce grand cerceau qui fait de très, très grandes bulles de savon et qui transforme l’ingestion d’un sandwich aux œufs en vidéoclip de Bowie.

Mais qu’en est-il de cette personne, ce voisin, qui a déposé ses canisses de peinture au pied de l’arbre devant le bloc appartement? Vous le connaissez, vous en avez aussi un(e). Il vient avec le bail, dans les petites écritures. Qu’en est-il de son bonheur, à lui? Est-il gratiné? A-t-il l’épice à steak au cœur?

Comme je suis apparemment devenue cette personne zieuteuse qui fulmine chaque fois que quelqu’un sort ses vidanges trois jours trop tôt, je tente de saisir la teneur du geste. (Il s’en est fallu de peu pour qu’on m’engage à la NASA. DE PEU.)

Je me pose la question parce que, comme je suis apparemment devenue cette personne zieuteuse qui fulmine chaque fois que quelqu’un sort ses vidanges trois jours trop tôt, je tente de saisir la teneur du geste. (Il s’en est fallu de peu pour qu’on m’engage à la NASA. DE PEU). Tu as beau être feu follet au cœur, la brume aux lunettes, et mènes peut-être le train de vie effréné de ces gens qui courent autour de l’îlot de cuisine dans les pubs de barres tendres, mais tu sais.

Tu sais probablement que le fait de déposer tes canisses de vieux «primer» au pied de la jeune fourchette chancelante qui aspire à devenir érable majestueux, c’est réglo 
2 sur 10 (le «2» étant généreusement octroyé pour ta naïveté et la splendeur de ta rocaille).

Tu sais que les éboueurs, même s’ils s’emploient chaque semaine à ramasser toute la crap que tu dompes au gré de ta bague d’humeur devant ta villa – de cette vieille commode soudain devenue trop triste pour ton boudoir scandinave, à ton sac d’épluchures de goyaves éventrées, cette lampe à l’abat-jour défoncé par ta fureur de vivre et l’essentiel de tes petits sacs blancs qui dégouttent –, ils finiront bien par les soustraire à ta vue, parce que tu sais, c’est leur métier. Ils te chérissent le détritus.

Te ramasser est un honneur, une bénédiction. À quoi bon trotter jusqu’à l’écocentre situé tu-sais-ben-pas-où quand tes canisses de blanc cassé, un jour, vont finir par disparaître tuseules. C’est ça, la beauté des affaires lousses qui n’appartiennent soudain plus à personne. On les voit. On les voit. Pis wouppe! Un moment donné, ON NE 
LES VOIT PLUS.

J’espère que tu vas bien, splendide voisin. Et que ton bar à canisses «all you can sacrer au chemin» n’est pas un appel à l’aide.

La bise.

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