Salutations et pied ballerin.

Août se déploie les bleuets et sa brise me fait valser les cils. De tous les mois de l’année, août est celui où tout semble se bercer. Où le temps se desserre et où la vacance, même si absente de mon calendrier cette année, embaume l’air. Bon; août est surtout ce mois que je passe en Crocs. Cette impression de chausser deux aubergines rose pâle me console de ne pas marcher nu-pieds dans l’herbe de Kamouraska. De ne pas vous écrire en direct d’un cottage sur pilotis ou de simplement être après scruter l’horizon, quelque part en Gaspésie. C’est étonnant, ce que le moelleux d’une sandale de caoutchouc hideuse peut faire à l’âme qui ne s’est pas planifié de temps d’arrêt. Alors, comme je me suis orchestré le pas-de-vacances avec l’adresse d’un premier numéro de burlesque dans une bassine de margarine, je marche. Compulsivement. De longues promenades dans le parc tout juste en face de chez moi, toque approximative dans mes gros jeans lousses qui feraient une formidable voile à un frêle esquif, accompagnée dans la dignité par mon caniche de grain qui ne rate pas une occasion de se traîner les fesses devant les pique-niques d’autrui.

La marche est, pour l’angoissée que je suis, le seul ticket pour le respire. C’est là que le récit débloque, qu’au détour d’une pinotte en écales lancée aux écureuils par une dame, je trouve le titre d’une nouvelle ou que je me convaincs que ce roman aboutira un jour. Que ça ira.

Et chaque soir, ou presque, je le croise. Ce bienveillant monsieur. Il est là, assis sur un banc de parc, casque de vélo lui couronnant le crâne, à jouer de l’accordéon.

Je n’ai jamais trouvé l’audace de lui parler, parce que ce frêle gentilhomme, que je situerais dans la jeune «octogénie» (qui n’est pas un mot, mais qui lui va aussi bien que ses petites espadrilles de cuir noir toujours impeccables et son sourire guilleret), est toujours en formidable concert de chansons de jadis. De Johnny Cash aux comptines du terroir de ma tante Tessie, il maîtrise tout. Et de sa voix de flibustier cycliste, il fait danser les tout-petits à la sortie du parc. Qu’importe la conversation, le cabillaud en feu sur le barbecue ou la hâte d’aller jouer à la pétanque en se faisant croire que le pastis, c’est délicieux, toute personne dont le tympan capte les rythmes de sa sarabande s’arrête. Son chant hypnotise.

Réchauffe et calme. Il fait partie de ces gens qui allègent le cœur d’autrui, sans rien demander. Et moi, chaque soir, je lui souris. Comme je suis timide comme un premier jarret en shorts, l’été, je marche lentement et m’assure que son regard croise le mien pour, dans un élan de courage du magasin à une piastre, lui envoyer la main et lui dire «bonne soirée» sans émettre un son. Sans le savoir, ce bon monsieur, peut-être immensément seul ou juste ravi d’offrir un peu de répit dans le chaos, panse mon été. Et à n’en pas douter, celui de moult marcheurs lousses et égarés du mois d’août.

Merci à vous.

La bise.

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