Malheureusement, encore une fois, on parle plus du look d’une chanteuse au lieu de ce qu’elle offre de mieux, c’est-à-dire sa musique.

C’est le triste constat après la tenue du Gala de l’ADISQ, dimanche, et la consécration de Safia Nolin comme Révélation de l’année. Mais c’est un triste constat sans surprise puisqu’il se pointe le bout du nez sur une base régulière depuis toujours.

Être une femme devant une caméra, c’est immanquable: il y aura une poignée de «ti-Joe-connaissants» qui commenteront l’allure plutôt que la substance. Jean Leloup a le droit d’avoir l’air d’un itinérant, tant qu’il chantera Isabelle sans trop fausser, la caméra et le public lui pardonneront tout. Mais Safia, elle, vulnérable devant le monde de son propre aveu depuis son adolescence, doit essuyer les foudres d’un public plus intéressé par le paraître que par l’être.

Rappelons-nous que c’est à ce même public que l’on doit vendre l’idée de l’importance de la diversité et du respect de tout le monde. On doit aussi marteler le message qu’une culture du viol est présente, et c’est ce même public qui représente le plus gros défi pour que les choses changent.

Insulter une jeune femme parce qu’elle s’habille «mal», c’est le symptôme d’un malaise profond qui sera long et pénible à éradiquer. Ça fait d’ailleurs un peu (pas mal) peur.

Par contre, une question m’agace: pourquoi se formalise-t-on autant de l’accoutrement de nos artistes lors des galas? Avec le tapis rouge, les articles consacrés aux meilleurs looks de la soirée et les entrevues sur qui habille qui, on cherche à alimenter quoi au juste, sinon que cette culture du paraître et l’insipide culte de l’apparence?

On peut pointer du doigt le public et les idiots qui accusent Safia Nolin d’être une moindre personne parce qu’elle ose sortir en public avec des souliers sales et un t-shirt de Gerry Boulet, mais pourquoi protège-t-on les dizaines de photographes qui sont mandatés par nos médias pour croquer le portrait à nos «belles veudettes» qui portent des robes qui brillent, qui décollettent, qui osent et qui valent des gros bidous?

L’un ne va pas sans l’autre, un peu comme l’œuf et la poule. Si nos magazines «culturels» n’accordaient pas d’importance aux paillettes des robes, le public n’aurait pas le réflexe d’en remarquer l’absence.

Alors, en alimentant moins l’image projetée, est-ce qu’on pourrait amorcer le processus de changement vers un traitement équitable des gens, de nos artistes, de nos voisins, qui ne se basent pas sur l’apparence?

Messemble que ça serait un bon point de départ. Si vous êtes plus du genre à vous baser sur les chiffres, sachez que les cotes d’écoute du tapis rouge de l’ADISQ sont environ la moitié de celles du gala. Retirer le tout de la grille serait une perte négligeable pour le diffuseur, les spectateurs, les artisans et les artistes. Bon, plusieurs revues seraient dans l’obligation de payer pour du contenu au lieu d’étaler du contenant, mais ça c’est un autre débat.

D’ailleurs, à main levée, quel artiste dirait non à un nouveau régime où le gala peut se vivre sans les dizaines de photographes et le stress de choisir la «bonne» tenue?

Je pose cette question, mais il y en a tellement d’autres. Moi je te dis merci Safia pour ta musique, ta présence, ta vision du monde et ta façon d’être toi dans tout ce bruit. Juste merci.

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