HBO Girls, saison 6

Dimanche, HBO présentait l’ultime épisode de la série Girls aux termes d’une sixième saison franchement plus intéressante que les deux précédentes.

Je dois l’avouer, j’ai une relation d’amour / haine avec Girls depuis quelques années. Autant la proposition de Lena Dunham était essentielle, à mon avis, autant elle avait la mauvaise habitude d’être trop masturbatoire et de tourner en rond.

Sauf qu’on devait prendre Girls tout d’un bloc et réfléchir ensuite sur la puissance de cette voix.

Pour sa sixième saison, Dunham et son équipe ont opté pour de multiples conclusions sans pourtant tirer un trait définitif. En fait, Girls s’est terminée comme elle a commencé : comme un ovni dans l’univers télévisuel conventionnel.

Ainsi, on laisse les personnages dériver les uns loin des autres, doucement, sans spectaculaire cassure ou d’indiscutable point de non-retour. Ces filles à New York nous quittent à l’aube de devenir femmes, c’est sensiblement la seule conclusion concrète après six saisons. Avec leurs nuances et leurs défauts, elles sont devenues des femmes avec des questions et des angoisses bien réelles.

Ce n’est pas payant, télévisuellement parlant, d’articuler une série autour des faiblesses de ses personnages. Girls, en ce sens, a toujours été à contre-courant. Hannah, plus particulièrement, est imbuvable avec sa prise de décision incompréhensible et la sixième saison ne cherche pas à amoindrir le tout. Sauf qu’il y a une forme d’acceptation inspirante, en marge des lieux communs, qui nous ouvrent à quelque chose de potentiellement mieux.

Ce que j’ai le plus aimé de cette ultime saison, c’est l’aveu que la vie a le droit d’être triste, invariablement, sans verser dans la surenchère dramatique. Parfois, les amours ne fonctionnent pas, les amitiés s’effritent et les gens sortent de nos vies sans dire adieu. C’est comme ça, c’est réel, c’est ainsi qu’on évolue au quotidien.

Au-delà de son récit, les six saisons de Girls m’ont aussi aider à évoluer dans mon quotidien, d’approcher les choses avec un autre œil, un regard qui n’est pas forcément le mien.

Ainsi, mon rapport à la nudité dans les médias a changé. Ce n’est pas parce qu’un corps ne me plait pas qu’il n’a pas lieu d’être, tout comme ce n’est pas parce qu’un corps me plait qu’il devient automatiquement un objet de désir. Ne serait-ce que pour ce rapport au corps, Girls aura fait œuvre utile en revendiquant quelque chose de pourtant simple : mon corps, mes choix.

Ça aussi ce n’était pas payant télévisuellement parlant, les défauts d’un corps en plus de ceux de l’âme. Mais Girls l’a fait, admirablement bien, et j’ose croire que la discussion a évolué vers un lieu plus sécuritaire, ouvert et compréhensif.

Une série télé ne change pas le monde, c’est évident, mais elle peut changer un peu les individus.

Girls m’a changé, m’a exposé à une voix qui n’était pas la mienne, à des enjeux qui ne me touchaient pas forcément et à des corps qui réclamaient, avec raison, le droit d’exister en nuances plutôt qu’en substance.

J’ose espérer que je ne suis pas le seul à avoir été positivement changé par cette série de Lena Dunham et pour ça, je tenais à la remercier.

Ce n’était pas parfait, c’était même souvent frustrant comme fiction, mais l’impact est concret et les bons épisodes sont marquants. Si vous aviez pris une pause, faites un retour pour cette sixième saison, elle vous bousculera un peu pour une dernière fois et, même quand ça écorche, ça fait du bien de se remettre en question.

Ne serait-ce que pour se sentir un peu moins con en fin de compte…

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