Séries+ Sur-Vie

Il y a quelques semaines, le 15 mai, le CRTC annonçait une modification à ses conditions de licence pour certaines chaînes spécialisées. La nouvelle règle, bien qu’elle augmente le quota de productions canadiennes requises, abolit les exigences en matière de programmation canadienne de langue française.

Voyez-vous le problème qui se pointe le bout du nez?

Sans explicitement sonner le glas de la télé originale française sur les chaînes spécialisées, disons que le CRTC vient d’enlever l’obligation qui, comme en témoigne l’abandon de Séries+ de ses productions pour la prochaine saison, nous offrait de belles alternatives et, surtout, des emplois intéressants aux gens de notre industrie.

Il faut s’inquiéter de cette décision et je ne suis pas le seul à sonner l’alarme.

Le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Luc Fortin, a demandé à son homologue à Ottawa, Mélanie Joly, de revoir la décision du CRTC. Selon des propos rapportés par Le Devoir, disons que la ministre Joly ne s’est pas trop compromise dans sa réponse, soulignant par contre qu’elle garderait un œil attentif sur la situation.

De plus, la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) et l’Union des artistes (UDA) ont publié un communiqué pour déplorer ces changements.

Séries+, qui appartient à Corus, est la chaîne qui nous a ouvert les yeux, mais il y en aura d’autres et les pertes seront navrantes.

C’est le risque de voir des gros groupes médiatiques, majoritairement gérés à Toronto, planifier la programmation en français d’une chaîne qui cible d’abord et avant tout le public québécois.

Voyez-vous, ce n’est pas forcément une attaque directe contre le français, mais quand on parle de télé canadienne à un conseil d’administration à Toronto, disons qu’ils pensent plus à Sudbury qu’à Saguenay et elle est là notre perte : s’ensevelir sous le Canada.

Parce que c’est bien beau, l’abondance de télé canadienne promise par le CRTC, mais l’option économique pour une petite chaîne restera toujours le doublage et le sous-titrage d’émissions d’ailleurs, comme en témoignent les trop nombreuses séries américaines doublées sur nos ondes. Offrir à des gestionnaires une option économique et légale, c’est courir le risque de rapidement tomber dans l’enfer de la surimpression vocale et du sous-titrage de palpitantes séries canadiennes sur les tribulations d’anciens joueurs de hockey qui font pousser du blé en buvant de la Canadian.

J’exagère, mais à peine.

La télé canadienne-anglaise n’est pas particulièrement foisonnante en raison de la concurrence directe du marché américain et de ses productions qui envahissent nos ondes. The Big Bang Theory, au Canada comme aux États-Unis, est la reine des ondes. Sans rien enlever à la télé américaine, elle n’ajoute absolument rien à notre patrimoine local et encore moins au fait français au Québec.

Et croyez-moi, je ne veux pas vivre dans un monde où Séries+ diffuserait des reprises de Corner Gas en surimpression vocale à longueur de semaine.

Soyez vigilants et alertes. Si les chaînes coupent dans le contenu original d’ici, n’hésitons pas à couper ces chaînes de nos forfaits. C’est notre seul pouvoir concret : le désabonnement.

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