David Lee/Netflix She's Gotta Have It

Un drôle d’exercice vient d’être dévoilé sur Netflix cette semaine.

Le turbulent cinéaste Spike Lee (Do the Right Thing, Malcolm X) nous offre sa première série télé et, pour l’occasion, il revisite son premier long-métrage, le premier Spike Lee Joint : She’s Gotta Have It.

Le film d’une heure trente de 1986 est devenu une série de 10 épisodes d’une trentaine de minutes. La trame de fond reste la même, c’est-à-dire qu’on suit les aventures d’une femme, Nola Darling, qui entretient des relations avec trois hommes très différents tout en se réclamant une farouche indépendance en se définissant comme une polyamoureuse, pansexuelle avec une approche positive de la sexualité (sex positive).

Située dans le précieux Brooklyn de Spike Lee, la version actualisée de She’s Gotta Have It touche aussi les mêmes thématiques que le film, c’est-à-dire la place de la femme émancipée dans les moules conventionnels de l’Amérique, l’embourgeoisement d’un quartier et les abus des hommes sur les libertés et les envies des femmes.

L’exercice d’adaptation n’est pas inintéressant, il permet d’ailleurs à Lee de corriger le tir sur certaines décisions prises lors du film, dont une scène de viol qu’il regrette, mais il comporte son lot d’impairs.

Ceux familiers avec la filmographie de Lee savent qu’il est capable du meilleur comme du pire et que trop souvent il martèle les mêmes clous d’un film à l’autre comme un vieux disque qui saute. Parfois, c’est une explosion de rage et de revendication efficace comme Do the Right Thing et, d’autres fois, c’est plutôt un collage confus de thèmes comme Jungle Fever.

Ceci dit, on ne peut pas reprocher à Lee d’avoir sa voix, ses préoccupations et ses combats. Mais on peut rester perplexe devant la démarche qui, malgré l’ajout de mot-clic comme #BlackLivesMatter à l’écran, semble datée.

Les personnages parlent directement à la caméra et le montage est très nerveux, très près des vidéoclips des années 80 qui ont alimenté la filmographie de Lee à ses débuts.

Ce qui m’a agacé le plus, c’est qu’on n’oublie jamais en visionnant la série que nous sommes devant une relecture par Spike Lee d’un film d’un Spike Lee. La facture est trop appuyée, soutenue, si bien qu’elle agit comme un boulet pour la fiction qui nous est présentée.

Par contre, il y a quelque chose d’unique dans cette proposition qui vaut tout de même le détour, ne serait-ce que pour une exploration assumée dans un médium qui ne lui est pas forcément familier et l’étalage de réelle problématique que les mouvements sociaux exposent de plus en plus.

Il s’agit du premier Spike Lee Joint télévisuel et il nous présente la même énergie que le jeune cinéaste dans la vingtaine qui a secoué Cannes dans les années 80 avec son idée folle d’offrir une voix aux opprimés de Brooklyn qui en avaient assez de se faire taper sur la tête par l’oppression systémique des États-Unis.

Retrouver le Spike Lee baveux des premières heures est une belle surprise, même s’il cache mal son âge dans sa façon de faire.

Jetez-y un œil, c’est différent, ça brasse et les personnages de Lee sont toujours aussi marquants, même trente ans plus tard.

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