ICI Radio-Canada Télé, capture d'écran Gala Les Olivier

François Morency avait la lourde tâche d’animer le gala Les Olivier dans l’ombre de Gilbert Rozon et des inconduites sexuelles exposées lors des derniers mois. C’est quand même une grosse ombre sur une industrie sous la loupe comme celle de l’humour.

Forcément, nous avions des attentes de l’autre côté de l’écran. Morency le savait et il a mentionné l’éléphant dans la pièce lors de son numéro d’ouverture … à la toute fin et du bout des lèvres.

C’est problématique, même si la position se défend.

D’un côté, l’idée d’un dîner de con pour excommunier Rozon du milieu aurait donné un drôle de ton à la soirée. De l’autre, se contenter d’un humour bon enfant est une façon détournée d’espérer que les gens oublient sans adresser le problème.

Embarquer toute l’industrie dans le même bateau n’est pas un exercice honnête, ni même utile. Mais lors d’un gala longtemps associé au monstre qu’était devenu Juste pour rire, on ne peut pas faire autrement aussi tôt après la chute de son créateur. Surtout qu’avant la diffusion, François Morency nous avait promis qu’il allait abattre l’éléphant en attaquant de front la question lors de son passage à Tout le monde en parle.

Kill one with kindness, c’est une belle expression, mais on attend encore la mort annoncée parce que dimanche, à l’exception de quelques flèches à peine décochées, l’industrie n’a pas tourné catégoriquement sa veste.

Et elle n’a pas non plus changée ses habitudes de favoriser l’humour masculin. Belle ironie après toutes les dénonciations que le seul prix remis à une femme en est un choisit par le public et non par l’industrie.

À ce sujet, chapeau Mariana Mazza, deuxième femme seulement à repartir avec l’Olivier de l’année après Lise Dion en 2002.

J’ai eu de la difficulté à apprécier cette soirée, parce que j’espérais quelque chose comme du changement, de la revendication. Un macaron avec un porte-voix, ce n’était pas suffisant. Il faut nommer les choses, les adresser et, ensuite, les changer.

Lors de différentes entrevues avant la diffusion du gala au cours des dernières semaines, plusieurs humoristes avouaient ne pas trop avoir le cœur à la fête. On les comprend et ça se sentait un peu. Sans plomber l’effort et les numéros, qui étaient objectivement agréables dans l’ensemble, on ne pouvait pas dissocier cette remise de prix de l’affaire Rozon malgré la tentative de glisser le tout sous le tapis, comme d’habitude.

C’est essentiellement mon reproche face à la décision de ne pas revendiquer plus fort lors de cette soirée. La culture du secret et du laisser-aller est aussi un enjeu lors des dénonciations et il ne faut pas se contenter de critiquer l’inconduite sexuelle après coup, il faut aussi alimenter un milieu dans lequel elle n’aura plus la marge de manœuvre suffisante afin d’exister.

On ne demandait pas des blagues sur Gilbert Rozon et Éric Salvail, mais on espérait une certaine forme de mea culpa institutionnel au lieu des quelques rares voix individuelles qui se sont prononcées lors de la soirée.

Être mauvaise langue, on pourrait dire que l’humour n’est pas très à l’aise quand vient le temps de laver son propre linge sale alors que, normalement, on regarde dans sa direction pour tout le reste quand vient le temps de sortir le méchant.

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!